Bon ok, j'avais dit que je publierai vite la suite... 4 mois c'est vite non
? 
Petit rappel, ce texte est la suite de
Pourquoi manger bio ? Partie 1 : Définition et labels et a été, en partie,
publié dans Grandir
Autrement n°5. Maintenant que l'on a précisé qu'un produit bio est
uniquement
- un produit agricole cultivé selon des règles précises définissant
l'agriculture biologique
- ET ayant obtenu un label garantissant au consommateur le respect
de ces règles,
voyons pourquoi il serait soit-disant meilleur de manger bio.
Echaudés par les différents scandales sanitaires qui ont touché le monde
agroalimentaire ces dernières décennies (on le serait à moins), beaucoup
pensent, en effet, que consommer bio est meilleur pour la santé. Mais si
l'agriculture bio a une obligation de moyens, elle n'a pas d'obligation de
résultats, ni dans ses rendements, ni dans la qualité nutritionnelle des
aliments qu'elle produit. Au-delà de l'effet de mode, il y a-t-il des raisons
sérieuses de choisir la production bio plutôt que la conventionnelle ?
Expositions inquiétantes
Pesticides
Les pesticides sont des produits toxiques conçus pour tuer les espèces
susceptibles de diminuer les rendements agricoles (insectes, champignons,
nématodes, rongeurs, mauvaises herbes). Ils ciblent des
processus vitaux et peuvent, même à faible dose, représenter un danger
pour toutes les formes vivantes, y compris l'homme. Comme ils ne sont
pas biodégradables, ils s'accumulent dans les tissus jusqu'à
atteindre, en bout de chaîne alimentaire, des concentrations importantes. Les
effets délétères de cette bioaccumulation de pesticides sur les populations de
poissons et d'oiseaux sauvages ont été largement démontrés.
Chez l'homme, on soupçonne de plus en plus les pesticides d'être à l'origine
de cancers, de perturber le développement de l'enfant, de dérégler le système
immunitaire, nerveux, endocrinien et reproducteur. Même s'il est extrêmement
complexe de prouver l'implication réelle des pesticides dans ces affections, de
nombreuses études menées depuis les années 80 ont montré qu'on les retrouve
dans l'organisme humain et qu'ils passent la barrière placentaire.
Il existe désormais un consensus pour limiter l'usage des pesticides et
définir avec précision les risques qu'ils représentent et leurs teneurs
acceptables dans les aliments. Sur ce point, toutes les études se rejoignent :
même s'ils ne sont pas à l'abri des contaminations extérieures (pollution des
nappes phréatiques ou des sols, particules en suspension dans l'air) les
aliments bio sont pratiquement exempts de résidus de pesticides, au contraire
des conventionnels. Ceci dit, ces derniers répondent à des normes strictes en
la matière et leur teneur en pesticides est a priori infime et sans réel danger
selon les experts.
Mais, d'après le professeur Belpomme, fondateur de l'Association pour la recherche thérapeutique
anticancéreux (ARTAC), « les limites réglementaires en matière de résidus
de pesticides ne protègent pas les gens contre les maladies. Ce n'est pas la
dose qui fait le poison, mais la répétition d'une dose, même infiniment petite,
tout au long d'une vie ». En France, 50 % des fruits et légumes conventionnels
contiennent des résidus de pesticides et 6,5 % dépassent la limite maximale
autorisée [1]. Pour certaines catégories de produit, ce pourcentage peut
atteindre les 20 % ! D'autres part, 24 % des aliments analysés peuvent contenir
jusqu'à 8 pesticides différents. Or nous n'avons absolument aucune idée des
effets qui pourraient résulter des synergies entre
plusieurs pesticides. Manger des aliments conventionnels nous
expose donc relativement aux pesticides.

Les enfants en développement sont en première ligne. Déjà
en 1993, le National Research Council américain annonçait que les résidus de
pesticides présents dans les aliments étaient une source potentielle majeure
d’exposition à des substances toxiques pour les nourrissons et les jeunes
enfants[2]. Les bambins de 2 à 4 ans sont considérés comme le groupe le plus à
risque car ils mangent beaucoup par rapport à leur masse corporelle, et
principalement des fruits et légumes. Une enquête américaine, portant sur 20
millions d’enfants de moins de 5 ans, révélait qu’ils ingèrent, en moyenne,
huit pesticides différents par jour, ce qui correspond à plus de 2 900
expositions (uniquement alimentaires) par an et par enfant[3]. Une étude de
2002 mettait en évidence, dans ce groupe d'âge, que les enfants nourris
d'aliments biologiques, avaient 6 fois moins de résidus de pesticides
organophosphorés dans le sang que leurs petits camarades qui mangent des
produits issus de l'agriculture industrielle[4]. Des chercheurs américains ont
aussi démontré récemment que si l'on retrouvait bien des résidus de ces
pesticides dans les urines d'enfants de 3 à 11 ans consommant des aliments
conventionnels, il n'en allait pas de même quand ils sont soumis à un régime
bio[5].
Nitrates et autres contaminants
Un autre argument « santé » en faveur du bio concerne les nitrates,
molécules susceptibles de provoquer des cancers et le syndrome des bébés bleus.
Etant donné que l'agriculture biologique n'utilise pas d'engrais azotés de
synthèse, mais uniquement des amendements naturels (fumier, compost,...), les
produits bio contiennent moins de nitrates que les conventionnels. Or, d'une
part nous sommes déjà exposés, via l'alimentation et l'eau de
consommation, à des quantités de nitrates proche de la limite maximale
autorisée, d'autre part les autorités sanitaires nous recommandent, et avec
raison, d'augmenter notre consommation de fruits et légumes. Les aliments bio
sont intéressants dans la mesure où ils nous permettent de manger
davantage de fruits et légumes, sans augmenter notre taux d'exposition aux
nitrates.
En ce qui concerne les métaux lourds, l'AFSSA reconnaissait l'avantage du
bio dans son rapport de 2003 [6] : « les restrictions imposées par le cahier
des charges [bio] (période de conversion des parcelles, interdiction d’épandage
des boues de station d’épuration, limitation de l’apport de fertilisants
minéraux, limitation plus stricte pour les sels de cuivre) concourent à limiter
le risque de contamination des denrées végétales et animales par des métaux
lourds ». L'agriculture bio se distingue également en matière de production
animale. L'élevage industriel utilise diverses substances et médicaments,
interdits en agriculture biologique, pour augmenter ou maintenir la production.
Ces produits se retrouvent ensuite dans l'organisme humain. Les hormones
(interdites dans l'élevage en Europe) sont ainsi suspectées de favoriser le
cancer du sein. Les antibiotiques (70% de la production mondiale
d'antibiotiques est destiné aux animaux d'élevage) sont incriminés dans les
phénomènes de résistances des microorganismes. Et n'oublions pas les fameuses
farines animales qui seraient à l'origine de la maladie de la vache folle.
La consommation de produits biologiques permet de réduire
l'exposition à toutes ces molécules de synthèses utilisées plus que de raison
en agriculture conventionnelle, et ce, largement en deçà des valeurs limites
fixées par les autorités sanitaires. Enfin les
OGM et l'irradiation
des aliments, dont l'innocuité n'est pas certaine, sont aussi interdits en
bio. Pour ses partisans, consommer biologique est donc un simple principe de
précaution.
Néanmoins, il convient de rappeler que le risque 0 n'existe pas en
alimentation. Le bio ne fait pas exception [7]. Les risques peuvent
être identiques (mycotoxines dans les céréales, contaminations bactériennes,
innocuité non prouvées pour certains pesticides naturels etc.) ou différents
(les animaux d'élevages extensifs sont plus exposés aux retombées
atmosphériques comme le plomb ou la dioxine ; en absence de pesticides, les
plantes produisent elles-mêmes des substances, qui pourraient être toxiques,
pour se défendre...).
Une affaire de goût ?
Les consommateurs bio affirment que les produits issus de l'agriculture
biologique ont meilleur goût, sont plus nourrissants et sont globalement
meilleurs à la santé que ceux de l'industrie. Pourtant, les études disponibles
sur le sujet ne plébiscitent pas nécessairement le bio. En matière de goût par
exemple, certains aliments bio sont jugés meilleurs, d'autres moins bons. La
saveur des aliments semble plus liée à la variété cultivée, au climat ou au sol
qu'aux pratiques agriculturales. D'un point de vue nutritionnel, les études
montrent que les produits bio et conventionnels sont, en général,
équivalents. Les aliments bio contiennent cependant plus de vitamine
C, de fer, de phosphore et de magnésium. Mais comme il n'existe pas de carences
majeures en ces éléments dans la population, les produits bio ne sont pas
considérés comme supérieur de ce point de vue là.
Quantitatif vs qualitatif
Finalement manger bio n'apporterait pas grand chose de plus ? Pas
nécessairement. Dans ces études, l'évaluation des aliments se fait souvent
uniquement de manière quantitative, sur base de leurs concentrations globales
en protéines, lipides, glucides, vitamines et sels minéraux, exprimées en
pourcentage de matière sèche. Or la majorité de ces études a aussi mis en
évidence que les aliments biologiques contiennent moins d'eau que les
conventionnels, autrement dit qu'il y a plus de matière sèche (jusqu'à 35% de
plus). A poids égal, un aliment biologique frais contiendra donc
globalement plus d'éléments nutritifs.

D'autre part, les
analyses qualitatives des aliments sont rares. L'AFFSA reconnaît que, si la
teneur en protéines des céréales bio semble être plus faible que celle des
céréales conventionnelles, l'équilibre en acides aminés essentiels de ces
protéines serait meilleur. De même, l'activité physique accrue et le recours à
des fourrages et au pâturage réduisent la quantité de lipides chez les
ruminants, les porcs et les volailles (en bio ou non), et augmentent en
parallèle les teneurs en acides gras polyinsaturés (comme les oméga 3 et 6) de
ces lipides. La comparaison bio/non bio ne devrait donc pas se faire uniquement
sur base d'études quantitatives.
Alicaments
Enfin, les végétaux bio, et singulièrement les anciennes variétés,
contiennent beaucoup plus de métabolites secondaires, c'est-à-dire des
molécules non essentielles pour le développement de la plante, mais qui jouent
un rôle notamment dans sa défense contre les agressions extérieures. Les
plantes cultivées sans pesticides doivent se défendre seules et produisent donc
beaucoup plus de ces métabolites secondaires. Ce sont, en particulier, les
antioxydants majeurs que sont les polyphénols ou les
flavonoïdes[8,9,10]. Ces molécules sont intensément étudiées en pharmacologie
et en médecine. Elles ont en effet des propriétés préventives et curatives non
négligeables contre les cancers, les maladies cardiovasculaires, l'arthrose,
les maladies dégénératives, les allergies,... bref les maladies dites de
civilisation dans lesquelles l'alimentation industrielle et la pollution
chimique sont souvent mises en cause. 
A suivre ... la suite de ce dossier très prochainement
(comparaison de
l'impact environnemental, 'nourrir le monde', le bio vraiment plus cher ?,
etc.)
NB. Je parlerai dans un futur article de la transformations et du raffinage
des aliments (des aliments cultivés en bio peuvent subir les mêmes
transformations et raffinages que les aliments conventionnels, le débat ne se
situe donc plus dans la comparaison avec ces deux modes d'agricultures).
Références
- [1]Monitoring
of Pesticide Residues in Products of Plant Origin in the European Union, Norway
, Iceland and Liechtenstein. DG SANCO, Union Européenne, 2003 (données de
2001).
- [2]Pesticides in
the Diets of Infants and Children. National Research Council, 1993
- [3]Wiles, R., et al. How
'Bout Them Apples? Pesticides in Children’s Food, 10 Years after Alar.
Environmental Working Group, 1999.
- [4]Cynthia L. Curl et al. Organophosphorus
pesticide exposure of urban and suburban pre-school children with organic and
conventional diets. Environmental Health Perspectives, 2002
- [5]Chensheng Lu et al. Organic Diets
Significantly Lower Children’s Dietary Exposure to Organophosphorus
Pesticides Environmental Health Perspectives, 2005. - Commentaire
- [6]Evaluation des
risques et bénéfices nutritionnels et sanitaires des aliments issus de
l’agriculture biologique - AFFSA 2003
- [7]Magkos F et al.
Organic food: buying more safety or just peace of mind? A critical review of
the literature. Crit Rev Food Sci Nutr. 2006
- [8]Mitchell AE et al.
Ten-year comparison of the influence of organic and conventional crop
management practices on the content of flavonoids in tomatoes. J Agric Food
Chem. 2007.
- [9]Györéné KG et al.
A comparison of chemical composition and nutritional value of organically and
conventionally grown plant derived foods. Orv Hetil. 2006
- [10]Vian MA et al.
Comparison of the anthocyanin composition during ripening of Syrah grapes grown
using organic or conventional agricultural practices. J Agric Food Chem.
2006
En savoir plus
Les droits d'auteur s'appliquent à toute oeuvre de
l'esprit, quels qu'en soient le genre, la formed'expression, le mérite ou la
destination. Tout lecteur de ce blog doit en respecter les droits de propriété
intellectuelle. Il doit notamment veiller à ne pas reproduire et diffuser les
articles et contributions publiées sur ce blog sur d?autres blogs, forums ou
d?autres supports sans l?accord de leurs auteurs. Tout lecteur peut néanmoins
reproduire le contenu de ce blog à des fins de consultations privées ou
reproduire et diffuser de courts extraits d?un articles ou d'un message, à des
fins d?information ou de recherches, en citant « Raffa'sblog, le grand ménage.
http://raffa.grandmenage.info » et
l'auteur (nom réel ou pseudo) de l'article ou du message.
Déni de responsabilité : Les articles de ce blog
résultent en général de la compilation d'informations en provenance de
plusieurs sources et d'expériences personnelles. Dans la mesure du possible,
ils tentent de compiler une documentation exhaustive dont les sources sont
citées. Toute personne mettant en application ces renseignements le fait à ses
propres risques. Raffa's blog n'assume aucune responsabilité des dommages
susceptibles de résulter de l'usage de ces renseignemens. En particulier toute
décision concernant un traitement médical devrait toujours se prendre en
consultation avec un professionnel de la santé qualifié.