(Cet article a été publié dans Grandir autrement n°7)
Partant du constat que notre société productiviste et consumériste nous entraîne dans la spirale éreintante du « toujours plus » en ne laissant que peu de place à la réalisation de soi, qu'elle pose de nombreux problèmes écologiques et sociaux, et qu'elle est tout bonnement non viable à long terme, certains font le choix de réduire volontairement, sur tous les plans, leur consommation.
Les quelques pistes proposées [dans le reste du dossier "Famille et
consommation" de Grandir Autrement... ou sur ce blog] pour sortir, à son
rythme, de la surconsommation, font partie d'un mode de vie plus global,
presque une philosophie, que l'on appelle la simplicité volontaire [ou le
simple bon sens
]. Bien qu'elle s'oppose à l'ultralibéralisme et à la
mondialisation économique sans garde-fou, la simplicité volontaire n'est pas un
mouvement citoyen organisé et militant, ni un mouvement politique, même si on
observe une forte relation avec les mouvements altermondialiste et
environnementaliste.
Ceux qui pratiquent la simplicité volontaire (souvent sans même le savoir)
veulent simplement reprendre leur libre arbitre vis-à-vis des nombreuses
manipulations que nous subissons tous et ne plus se faire leurrer par le dogme,
que chacun sait au fond de lui être faux, bonheur =
travailler-produire-consommer.
Elle se vit donc de manière individuelle ou familiale (bien qu'elle accorde aux liens sociaux, au partage et au don de soi une place importante) et surtout progressive. Il n'est en effet pas facile de « sortir du système » car tout est fait pour que nous n'en sortions pas, en particulier via la télévision et la publicité, synonymes, selon ceux qui pratiquent la simplicité, de manipulation, de passivité et d'endoctrinement.
Être plutôt qu'avoir
Adopter un mode de vie plus simple implique donc une réflexion profonde sur
ses habitudes de consommation, sur ses choix de vie et sur leurs impacts. Même
si cela peut faire peur, cette simplicité est loin d'être synonyme de
pauvreté, de contrainte, de privation, de frustration, de sacrifice ou
d'ascétisme. C'est un choix délibéré dont le but est, au contraire,
d'améliorer sa qualité de vie.
Pour autant, il ne s'agit pas de refuser la technologie ou le progrès, ni même,
finalement, de cesser totalement de consommer. La simplicité vise à se
soustraire le plus possible de la dépendance à l'argent, donc également du
travail tel que nous l'entendons dans nos sociétés, à se recentrer sur la
satisfaction de ses besoins réels (biologiques et sociaux), à trouver des
alternatives humaines, écologiques et éthiques à notre mode de vie et,
finalement, à redéfinir ses propres valeurs, son identité et le sens de sa vie,
à retrouver du temps pour s'occuper de sa famille, faire du bénévolat,
participer à des projets ou développer ses talents et sa créativité. En
quelques sorte, la simplicité volontaire veut nous aider à retrouver « l'art
d'être heureux ».
Le secret du bonheur : 3 R + V
Il ne s'agit bien évidemment pas de quitter son emploi du jour au lendemain, ni de jeter tout ce que l'on possède par la fenêtre. En pratique, la simplicité volontaire consiste à diminuer progressivement ses consommations matérielles et d'énergie, à profiter des solutions collectives (transports en commun, bibliothèque, ludothèque...), à pratiquer le réemploi (achat et vente d'occasion, réparation, troc, don...), à ne remplacer que le nécessaire* par des produits durables et à faible impact environnemental et social. Ce qui se traduit par les 3 R + V :
Commencer par remplacer, par exemple, ses nombreux produits d'entretien par
quelques alternatives
simples, peu coûteuses, efficaces et écologiques permet déjà de franchir un
pas important : oui, la publicité nous a conditionné. On découvre rapidement
que l'on n'a pas réellement besoin de quantité de choses que l'on croyait
indispensables*, on en profite pour ne pas les remplacer et
se désencombrer. L'économie réalisée peut être consacrée à autre chose.
Pourquoi ne pas en profiter pour manger
bio ?
Le fait de ne plus regarder la télévision ou faire du shopping permet de se
consacrer un peu plus à sa famille ou réapprendre à fabriquer des choses simples de ses mains (cuisine,
couture, bricolage, petites réparations, par exemple), à créer ou à s'investir
dans des projets plus conséquents. Petit à petit, on découvre un autre monde :
celui des petits commerces, artisans, producteurs, des initiatives coopératives
et collectives. Un réseau se développe, des amitiés se tissent, des échanges de biens
et de services se font de manière informelle. On abandonne la voiture au
profit des solutions
partagées.
En quelques mois ou quelques années de simplicité volontaire, on se rend compte
que l'on dépense de moins en moins et que cela ne nous pèse absolument pas,
presque que l'on a « trop » d'argent alors que l'on ne roulait pas sur l'or
auparavant. C'est là que l'expression « perdre sa vie à la
gagner » prend tout son sens et que des choix radicaux peuvent être
fait d'un point de vue professionnel (passer à temps partiel, changer de
métier, se lancer dans l'associatif...) ou de lieu de vie.
Changement de société
Finalement, la simplicité volontaire va bien au-delà que ces simples 3R+V.
Selon Serge Mongeau**, elle renverse 4 valeurs fondamentales de notre société :
l'exigence de quantité devient celle de la qualité, la solidarité remplace
l'individualisme, la coopération exclue la compétition, et finalement la
dépendance se transforme en autonomie. Le tout, bien sûr, à des degrés divers
selon les personnes.
Car il n'existe pas un profil type du pratiquant de la simplicité volontaire.
Tout le monde, quels que soient son statut social, ses revenus, son âge, ses
opinions... peut appliquer en tout ou en partie les principes de la simplicité
volontaire : l'artiste qui travaille comme employé «
pour vivre » et aimerait se consacrer à son art, des parents faisant le choix
de se libérer des contraintes quotidiennes pour offrir du temps de qualité à
leurs enfants, l'indépendant qui travaille trop, l'"écolo-bab" cherchant
l'autarcie,...
Selon les pays, il y aurait de 10 à 20 % de « résistants », en constante
augmentation depuis plusieurs années dans les pays industrialisés. Ce n'est
finalement pas si marginal que ça. Et la société de consommation essaye de
récupérer ces « consom'acteurs » et « non-consommateurs » qui lui échappent,
avec des produits plus ou moins bio, naturels, éthiques... Ce choix de vie
individuel est en train de se muer en mouvement collectif ayant un véritable
impact sur la société. La percée, encore très marginale, de « la décroissance »
[qui n'est pas, pour moi, synonyme de la simplicité volontaire, j'y reviendrai]
en témoigne. Le productivisme, l'argent, la croissance ne sont en effet que des
moyens, pas une fin en soi, et il devient urgent de retrouver du sens dans
cette course en avant.
Raffa
* Le nécessaire et l'indispensable étant variable
d'une personne à l'autre, voire d'une période de vie à
l'autre.
** Serge Mongeau. La simplicité volontaire, plus que
jamais... Éditions Écosociété. 1998
Cet article
a été publié en septembre 2007 dans le bimestriel Grandir Autrement
(n°7).
Sur le blog
- GMTV. Simplicité volontaire et décroissance
- GMTV. La décroissance, entretien avec Serge Latouche
- GMTV. Les marques et vous - le neuromarketing
- GMTV. Consomme (musique, Bistenclaques)
- IL FAUT S'ARRETER !!!
- Simplicité Volontaire - Ekopedia
- Simplicité Volontaire - Wikipedia
- Le réseau québécois pour la simplicité volontaire
- Les groupes Simplicité Volontaire des Amis de la terre - Belgique
- Foire aux savoir-faire (Belgique)
- Créatifs culturels - Wikipedia
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