Voilà c'est en marche...
l'organisation de la recherche française va être fortement bouleversée. Le CNRS, qui abrite des chercheurs reconnus dans le monde entier, risque de changer de statut. Il n'aurait ainsi plus de politique scientifique propre, voire plus de labos, et ne sera chargé que de distribuer des fonds aux universités. Plus généralement, l'indépendance de la recherche française est menacée.
Le milieu scientifique s'agite. S'il est conscient, et même demandeur, de la nécessité d'une modernisation de la recherche, il refuse de perdre l’autonomie scientifique. Un texte de Yves Langevin, planétologue, président de la conférence des présidents du Comité national de la recherche scientifique, circule de mail en mail, de labo en labo, pour dénoncer 'une mutation profonde de la gestion de la recherche en France qui se prépare dans l’opacité la plus totale, et cela à très court terme'.
Pourquoi cette mutation ? En partie parceque certaines des recherches publiques n'ont pas de finalité industrielle ou économique. Elles ne rapportent rien. En gros, c'est 'gâcher' l'argent public. Le gouvernement entend bien décider des axes de recherche 'rentables'. Le mouvement est en marche depuis une quinzaine d'année. J'en ai déjà touché un mot dans l'un ou l'autre des commentaires, sur les forums. Les sciences sociales, les sciences humaines, la recherche fondamentale en biologie (dont mon domaine) ou en physique, la paléontologie, l’anthropologie, l’ethnologie, les sciences de l'univers etc. sont déjà (dans de nombreux pays) les parents pauvres de la recherche. Aucun financement privé ne s'y intéresse ou presque. Et l'Etat s'est désengagé progressivement de ces domaines. Le gouvernement français entendrait enfoncer le clou.
Le président Nicolas Sarkozy n’a jamais caché son intention de transformer profondément la recherche nationale et de priver les grandes agences, comme le CNRS ou l'INSERM, de leur autonomie. Comme l'explique le biologiste A. Trautmann, de 'sauvons la recherche', ' Il ne supporte pas que les chercheurs aient une trop grande indépendance de pensée et d’organisation. Une structure comme le CNRS y était favorable, il a donc décidé de la casser. La suppression du CNRS est dans les cartons de Nicolas Sarkozy. Il l’a annoncé ».
Ce qui se met en place représente des risques. 'L’autonomie scientifique par rapport au politique n’existera plus. [...] Une équipe de recherche ne sera financée que si elle se trouve sur l’un des axes définis par une logique socio-économique. On appelle cela le pilotage par l’aval. [...]' explique Yves Langevin. ' S’il est normal de faire un effort sur des sujets prioritaires, comme l’environnement, cela ne signifie pas qu’il ne faille financer que le stockage du CO2 et la voiture propre. Cela implique aussi un effort pour mieux comprendre le cycle du gaz carbonique. Aborder les problèmes de l’environnement, c’est aussi améliorer la compréhension fondamentale de ce que nous déréglons.' Ces domaines de recherche ne rentrent pourtant pas dans les sujets finançables. De plus ils ne le seront que sur 3 ans, uniquement à court terme donc.
Yves langevin donne un exemple : 'Imaginez que les sciences naturelles soient ringardes. On supprime alors les crédits pour l’entomologie. Mais voilà que survient une épidémie de chikungunya à la Réunion. Finalement, avoir quelques personnes qui connaissent bien les moustiques n’est pas si idiot. Mais il est trop tard, nous n’avons plus la compétence large qui permet de réagir à un problème sociétal grave non prévu par le cabinet ministériel.'
On ne peut mépriser la science
. Ces recherches 'qui ne rapportent rien' sont à la base des connaissances et des avancées technologiques de demain. C'est un pillier du développement futur d'un pays et du monde. La science a besoin de dynamisme, de moyens et de bien plus de liberté d'action qu'elle n'en a à l'heure actuelle. C'est se tirer une balle (de plus) dans le pied et entrer dans une ère bien noire que de vouloir la laisser à la merci d'un gouvernement (ce qui est sans équivalent dans les pays occidentaux), du 'marché' et du court terme.
Pour 'sauvons la recherche', ce qui est visé au travers des réformes en cours et à venir, ce n’est rien de moins que l’existence d’un espace scientifique et intellectuel autonome, protégé de l’arbitraire politique par des statuts pérennes.
le jeudi 18 Octobre à 10h
(heure où se déroulera le conseil d’administration du CNRS),
au siège du CNRS
3 rue Michel-Ange à Paris.
Sources et infos complémentaires
- Texte de Yves Langevin
- Sauvons la recherche
- Sud-recherche
- Chercheur en France : une vue de l'intérieur du système - Agoravox
- CNRS en péril - Fabula
- Communiqué de Sauvons la recherche - Fabula
- Yves Langevin : « Le gouvernement ne peut décider sans les scientifiques » - L'humanité
- Il faut sauver les soldats de la recherche - La Marseillaise
- Albert Fert, pirx Nobel de physique, salue la recherche française - Le monde
- Le budget du CNRS amputé par Bercy - Les échos
- Avis de tempête au CNRS - L'humanité
- Qui veut la peau du CNRS - Agoravox
- Est-ce la fin de la recherche ? - Agoravox
- Le CNRS soudé contre le gouvernement - Libération
- CNRS le géant de la recherche française - News.fr
- Recherche, la fin d'un système ? - Le Monde
- L'étrange démission de Christian Bréchot
- Vers la mise à mort de notre système de recherche
- Sarkozy de S à Y : Une vision étroitement utilitariste de la recherche et de l'enseignement
- Le GMTV - Réfutations
- Interview audio de Georges Debregeas, vice-président de Sauvons la Recherche (SLR)(Sylvestre Huet / Marc Quattro). Durée: 8′46.
- Le pouvoir politique est déjà très pesant sur les scientifiques - Libération 18/10/07
-
Interview de Dominique Wolton, Membre du conseil scientifique du CNRS, et directeur de l’Institut des sciences de la communication.
Dans tous les pays développés, la question est la même : celle de l’autonomie du monde scientifique. La politique et l’économie doivent-elles piloter la recherche ? Non. Certes, la politique peut donner des orientations, ainsi que l’économie et la société, mais à condition que chacun reste à sa place. Les scientifiques sont attentifs aux demandes de la société et aux conséquences des sciences et techniques, de même que les interactions entre recherche fondamentale et appliquée sont nombreuses. Mais la production de la connaissance est d’un autre ordre et suppose que l’on respecte ses logiques et ses temporalités. Le temps de la recherche est plus long que celui de la politique et de la société, elle n’obéit pas aux mêmes valeurs ni aux mêmes paramètres. [...] La part de la recherche «académique» se réduit. La diminuer encore serait absurde, tuerait la capacité des laboratoires à explorer avec plus de risques – d’échec et de réussite – les frontières du connu. [...]
L’histoire prouve que ce n’est pas parce que vous appartenez à l’élite technocratique que vous êtes compétents pour imaginer les grands enjeux des sciences, des techniques et des connaissances. Une certaine capacité intellectuelle ne suffit pas à comprendre la complexité du réel. La vraie définition de l’intelligence, c’est la modestie… [...] Oui à plus de souplesse et d’allers-retours entre la recherche, l’université, la société. Oui à plus de confiance et de légitimité dans les scientifiques. Non à l’illusion d’un pilotage technocratique des sciences. Qu’apportent-elles ? Une altérité sans laquelle il n’y a ni pluralisme des connaissances ni diversité de la société. - Valérie Pécresse se veut rasurante pour le CNRS - News.fr 17/10/07
- La science est au service de la société - Le Monde 17/10/2007
- Nouveau branle-bas de combat chez les chercheurs du CNRS - Rue89 19/10/2007
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