Media Smart, éveil critique à la publicité ou éveil à la consommation ?
Par Raffa le 08/11/2005, 00:00 - Le choix ? - Lien permanent
Lancé fin octobre en Belgique, Media Smart vise à initier les enfants du primaire à la publicicté. "Media Smart® "Soyez Pub-Malin!" est un matériel didactique, destiné aux enfants de 8 à 12 ans de l'enseignement primaire, visant à comprendre la publicité, les messages de sensibilisation dans les médias. Son objectif est de rendre chaque enfant capable de comprendre la situation dans laquelle il se trouve lorsqu’il est le destinataire de messages publicitaires." Et encore "Faire et argumenter des choix, apprendre à décoder la publicité dans les médias, acquérir un regard critique et ce, grâce au matériel didactique, adapté aux capacités des 8 – 12 ans et mis gratuitement à disposition du corps enseignant; cela résume parfaitement la mission de Media Smart Belgium."
Que de bons sentiments ! L'éducation aux médias en général et à la publicité en particulier est fondamentale dans notre société actuelle. Que voilà donc une bonne idée !
Qui sont les initiateurs de cette action ?
J'ai vu cette publicité d'un bon oeil quand je l'ai découverte dans mon journal... jusqu'à ce que je vois en tout petit "lancé par le Conseil de la publicité" ou quelque chose du genre. Le Conseil de la publicité représentant les annonceurs, les agences de pub et les médias. Le sourcil froncé je me dis "faut que j'aille voir tout ça". Il m'a fallu quelques jours pour m'en souvenir
... et j'en viens. C'est désolant ! Jugez plutôt.
Tout d'abord cette campagne de pub pour la pub (car c'est bien de cela qui s'agit) est initiée et soutenue par le fameux Conseil de la publicité (Union Belge des Annonceurs, Association of Communication Companies, Association Belge des Media Audiovisuels, Association Belge des Editeurs de Journaux/Journaux Francophones Belges, Fédération Belge des Magazines, Union des Editeurs de la Presse Périodique, Association d’Entreprises d'Affichage, Association Belge du Marketing Direct, Interactive Advertising Bureau), mais aussi par l'Association Belge des Banques, Danone, Douwe-Egberts, Ferrero, Hasbro, Kellogg's, Loterie Nationale, Masterfoods, Mc Donald's, Nestle, Procter & Gamble, Raffinerie Tirlemontoise et Unilever...
Après avoir lu tous ces noms, parfaitement étrangers bien sûr aux manoeuvres commerciales dont nous sommes tous, et les enfants en particulier, victimes... on est en droit de se poser une question d'éthique. Comment des structures dont l'intérêt principal est commercial peuvent éduquer de manière critique à la publicité ?
Education critique ?
Enfin soit, partons du principe que cette campagne vise réellement l'éducation critique et analysons donc les matériaux pédagogiques disponibles sur leur site Web. Etant donné que "tout lien en direction du website de Media Smart doit faire l’objet d’une autorisation préalable" je vous laisse le chercher.
Première chose que je vérifie : présence de pub dans la documentation. Ok ce n'est pas le cas. Voyons donc plus en détail le programme. Déjà premier truc bizarre, je trouve, les activités sont centrées (pas toutes) sur la "sécurité routière". Très bien ceci dit. Mais du coup cette thématique est utilisée pour justifier le bien-fondé de la publicité elle-même. Personnellement je ne considère pas les messages d'informations sur la sécurité routière ou la santé comme des "pubs". Mais ils font totalement l'amalgame sans sourciller. Hum...
Par ailleurs concernant l'analyse critique de la publicité, les activités proposées sont extrêmement pauvres : par exemple comment choisir ce que l'on va acheter avec 10€ ? Le jeu, interdit aux parents (sic), présent sur le site, permet à l'enfant de fabriquer de A à Z sa propre marque (slogan, logo, look) etc. Le but final étant la production d'une pub TV. Hum...
Le dossier pédagogique destiné aux enseignants ou aux parents est pour le moins lacunaire ( pas ou peu d'informations sur le cadre légal, les recours et plaintes en cas d'infraction etc.). Hum...
Enfin le grand concours (faire une campagne de pub pour la sécurité routière) n'a pas de réglement. Hum...
Et le monde politique et citoyen, qu'en pense-t-il?

Maria Arena
Private cado pour Lap'
Je ne suis pas la seule à avoir tilté sur tous ces problèmes. La circulaire n°1169 de la ministre en charge de l'éducation, Maria Arena, le montre "Le Conseil de l’Education aux Médias et l’Inspection pédagogique de l’enseignement fondamental ont analysé, à ma demande, ledit programme et m’ont communiqué leurs avis. Si la nécessité d’une éducation critique aux médias est soulignée, le programme tel qu’il est proposé ne répond pas à l’objectif annoncé par ses promoteurs.« Le Conseil de l’Education aux Médias déconseille fortement la diffusion et l’utilisation du programme Media Smart tel que présenté. Il souhaite attirer l’attention des institutions éducatives, enseignants et acteurs de l’éducation ainsi que le Gouvernement de la Communauté française et tient à marquer ses plus vives réserves quant à la promotion ou à la diffusion de ce programme dans sa forme et son contenu actuels auprès des établissements scolaires. [...] Le programme ne viserait aucunement à développer l’esprit critique ; il pousserait essentiellement à acheter et à dépenser. Le « diplôme » « Tu es pub malin » tendrait à donner une sorte de caution à l’enfant. Comment, en effet, détecter effectivement son aptitude à faire des choix sur base des leçons proposées ? Le phénomène de l’enfant prescripteur risquerait dès lors de se renforcer : pourquoi encore écouter papa et maman ?".
De même le Centre de Recherche et d'Information des Organisations de Consommateurs (CRIOC) enfonce le clou "La lecture du dossier de Mediasmart permet de constater que le leitmotiv "éveiller l'esprit critique des enfants" est incantatoire mais masque la réalité de la publicité dont le but est bien commercial - faire vendre. Cette analyse de l'outil élaboré par le Conseil de la Publicité montre qu'un instrument d'éducation à la publicité mis au point par les professionnels de ce secteur, en position de juges et parties, est à considérer avec beaucoup de prudence. Le CRIOC plaide pour un respect des programmes scolaires et pour l'intégration d'activités émanant d'organismes totalement indépendants des intérêts marchands."
Oui mais, c'est à la demande des enseignants que ce matériel "pédagogique" est diffusé. En 2 jours une centaine de profs en avaient fait la demande, malgrè la circulaire de la ministre... Les responsables du projet espèrent que 30% des écoles répondront à l'appel. Pour rappel la campagne pour l'"alimentation équilibrée" de Danone avait touchée 9 écoles sur 10 :(.
Que faire ? Je crois que si j'avais un môme je passerai mon temps à lui désapprendre ce qu'il aura appris à l'école et avec ces copains
Enfin j'espère avoir quelques enseignants belges dans mes lecteurs. Quant aux français ne vous tracassez pas, cela va venir (cette "campagne" est promue par l'UE, elle est déjà active en Grande Bretagne, avec plus de partenaires encore qu'en Belgique).
En savoir plus
- Circulaire n°1169 de la ministre en charge de l'éducation, Maria Arena
- Analyse du Centre de Recherche et d'Information des Organisations de Consommateurs
- La prudence de Marie Arena envers Media Smart - Le Soir
- Pub à l'école: Arena impuissante - 7 sur 7
- Enfants de la pub, devenez critiques - La libre
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Commentaires
Nous avions l'insouciance et la tranquillité d'esprit qui justement est caractéristique de l'enfance, par opposition à l'âge adulte.
Aujourd'hui, dès le plus jeune âge, il faut apprendre aux enfants à avoir l'esprit critique pour tout, même pour les informations venant de l'école
Mais si je te dis que je suis dans la communication et la pbulicité tu vas dire que je ne suis pas objective...
Quioqu'il en soit je pense que l'idée de base, est bonne, peut être pas le fond.
Quant aux publicités concernant la sécurité routière ou autre, ce sont quand même bien des publicités, puisqu'il y a eu 'achats' d'espace' et que l'objectif est de promouvoir la sécurité routière ou autre. Même si bien sûr, là, l'intérêt n'est pas commercial.
J'avais aussi lu qu'en France, des écoles avaient autorisé Microsoft à distribuer des << dépliants informatifs >> qui parlent de l'acquisition de logiciels informatiques (d'une manière générale, pas forcément ceux de Microsoft), de licence, de << piratage >>, sans jamais préciser évidemment que nombre de logiciels propriétaires peuvent être remplacés par des logiciels libres, à bien moindre coût bien sûr, et en toute légalité. Je ne vais pas blâmer Microsoft de prêcher pour sa paroisse, mais par contre j'ai une dent envers les directeurs d'écoles qui laissent des entreprises faire de la pub pour leur domaine d'activité sous couvert d'information, alors que c'est parfaitement illégal.
Lectrices, lecteurs, protégez et éduquez vos enfants, ils sont une proie facile et sans défense pour les publicitaires (c'est pas tellement nouveau, remarquez, dans les années 90 la marque de vêtements << cools >> Chevignon avait lancé sa propre marque de cigarette (oui je sais, je râle encore contre les clopes
EN fait sur le sujet dont tu parles précisément Matthieu, LA référence c'est No Logo de Naomi Klein. Plein d'extrait de ce bouquin là http://ultraliberalisme.online.fr/NoLogo.htm
Priss je suis désolée mais pour moi une pub ce n'est pas que de l'affichage. Une pub c'est tjs, pour moi mais je ne travaille pas dans le milieu, un message dont le but est d'influencer le comportement de consommation en faveur d'une marque, d'un produit, d'un service commercial.
Par ailleurs je le dis bien dans l'article, une telle action est importante. Comme tu le dis l'idée de base est bonne et je l'encourage des deux mains.
Ce n'est pas ça le problème. Le problème c'est que ce sont des publicitaires qui veulent éduquer les enfants (à l'âge le plus influençable) à avoir un esprit critique devant la pub. Quel serait leur intérêt si c'était réellement leur but ??? En tout cas l'analyse des documents qu'ils proposent ne laissent pas de doute. Ce n'est pas à eux de faire de genre de 'kit pédagogique'.
D'autre part, les professeurs doivent lutter depuis je ne sais combien d'années pour empêcher la pub et les entreprises d'entrer dans l'école. Notre rôle est de former des citoyens pas des consommateurs!
Désolée Priss mais, d'un point de vue professionel, les publicitaires sont nos pires ennemis après les dealers et les vendeurs de cigarettes. Nous devons constamment désenclencher chez nos élèves les réflexes et les processus que la pub leur inculque: plaisir à tout prix, tout maintenant, j'fais c'qu'j'veux, je sais mieux que tout le monde.
De plus les professeurs de français et de philosophie déplore un style épouvantable des élèves qui en guise de raisonnement se contentent d'asséner des phrases slogans insipides et sans le moindre sens.
A un âge où s'affirmer devient primordial et où les professeurs ont le devoir de rendre leurs élèves autonomes, il est particulièrement frustrant de voir les annonceurs essayer de leur poser des ficelles de marionnettes.
En ce qui me concerne, je me refuse à porter des vêtements de marque devant mes élèves ou même de sortir une bouteille d'eau étiquetée. Mon travail est de leur donné des aptitudes de pensée pas des mécanismes commerçants.
Enfin, d'après le Robert la publicité c'est: 'le fait d'exercer une action psychologique sur le public à des fins commerciales'. La Sécurité Routière cherchant à sauver des vies échappe totalement à cette définition. En outre, si les publicités de voitures ne mettaient pas sans cesse en avant, la vitesse, la liberté (libre dans une voiture elle est bien bonne celle-là) et la compétition, la Sécurité routière aurait-elle besoin de gaspiller tant d'argent dans des spots télévisés?
C'est tout bonnement révoltant, cette histoire. Si ça devait arriver dans l'école de mes enfants, je crois que je les en changerai tout de suite. Je pense tout de même qu'il y a moins de risques dans les écoles privées...
Rhiannon, brillant exposé, je suis en tous points d'accord. L'enlèvement des distributeurs de cochonneries était un bon début, voilà qu'ils veulent rentrer par la petite porte, maintenant! Et pour le désenclenchement des réflèxes dont tu parles, il va falloir se battre, on a du pain sur la planche!
MERCI Rhiannon, je suis hyper rassurée par ce message ! il y a encore des vrais profs. Hum ça ne te tenterais pas de venir enseigner en Belgique (si ce n'est pas déjà le cas) d'ici qqs années :D ???
Pour la sécurité routière, c'est plus en effet de la communication que de la publicité. Car la télé est un excellent vecteur de messages..
Sinon, pour les pubs de voiture, je suis d'accord, quoique depuis quelques années, justement si vous regardez bien , les pubs pour les voitures ne prônent plus (ou peu) la vitesse, on parle maintentant de sécurité, de confort d'élégance etc...
Bon pour la critique de la pub...Je comprend votre point de vue, et en même temps c'est pour ça qu'il y a des instances pour réglementer la pub et notamment celle à destination des enfants...Mais bon c'est clair, une marque de bonbons ou de chocolats, ou de jouets...ben elle va pas cibler les parents, mais les enfants, c'est logique c'est eux qui prescrivent...
En plus je suis sûre que vous êtes vous mêmes sensibles à la communication (ds sa globalité)...allez je suis sûre que ya des exemples...
Bon j'arrête de vous embêter, ya des choses où je suis d'accord, mais bon... la comm, c'est mon truc alors faut bien que je le défende un peu
J'espère que vous m'en voudrez pas de me faire l'avocat du diable...
ET on emmerde les jeunes qui taguent ???Et s'ils payaient leur espace ... ce serait de la pub pour toi ?
# La publicité est l'action consistant à inciter un public à acquérir un produit (produit consommable, service, événement culturel...) : créer un besoin, convaincre que le produit couvre le besoin, et éventuellement qu'il le fait mieux que d'autres produits. C'est aussi le moyen par lequel cette incitation est délivrée : annonce-presse dans un journal, spot publicitaire à la radio ou à la télévision, affiche sur la voie publique, etc. sont des publicités.
fr.wikipedia.org/wiki/Publicité
# Constitue une publicité toute inscription, forme ou image, destinée à informer le public ou à attirer son attention, les dispositifs dont le principal objet est de recevoir lesdites inscriptions, formes ou images étant assimilées à des publicités (article L 581-3 du code de l'environnement)
www.manche.equipement.gouv.fr/information/glossaire.html
--> cette définition te donne raison mais bon moi je suis pas d'ac avec elle
# Toute forme monnayée de présentation et de promotion non interactive d'idées, de biens et de services émanant d'un annonceur identifié comme tel. ( Définition de Kotler & Dubois in 'Marketing Management').
www.inncomm.fr/createur/glossaire.html
Tant qu'à parler de pub, je voudrais dire que l'envahissement par la pub n'est pas une fatalité : en Finlande par exemple, on peut apposer sur sa boite aux lettres un message indiquant qu'on ne veut pas recevoir de publicité, et c'est plutôt efficace. Évidemment, ça ne marche pas contre les publicités nominatives envoyées par la poste, mais ça soulage grandement la boite « papiers à recycler ». Par ailleurs, je n'écoute quasiment pas la radio (sauf pour me réveiller le matin, et les messages publicitaires en finnois entrent par une oreille endormie pour immédiatement ressortir par l'autre :). Pour ce qui est de la TV, j'enregistre systématiquement sur mon ordinateur toutes les émissions que je veux regarder, et au moment de les visioner, l'ordinateur saute automatiquement les pubs (avec un taux de réussite proche de 99,9%). C'est fou le temps qu'on gagne à ne pas regarder les pubs
Mais bon j'arrête de pinailler sur la terminologie, Raffa me dira quand même qu'elle n'est pas d'accord, à quoi je répondrai que j'ai raison
En tout cas, et c'est ce que je trouve le plus pervers, Media Smart, c'est effectivement de la publicité pour la publicité. Je serais curieux de savoir comment se sont réglés les frais de régie?
Mon sentiment sur tout ceci, (c'est quand même plus utile au débat, n'est-ce pas?) : premièrement, je suis assez content de la réaction de Marie Arena (cf circulaire). C'est que la volte-face dans l'affaire des distributeurs m'avait un peu déçu... Mais là, je dis 'très bien!'. Et en plus elle est jolie! (merci Raffa
C'est vrai que l'éducation aux média se fait de plus en plus nécessaire. Et il est tout à fait légitime de souhaiter éveiller l'esprit critique des jeunes (je dis pas enfants je dis jeunes, et quand tout va bien on reste jeune toute sa vie). Mais pour moi c'est la mission des parents et des enseignants. Cautionner ou même seulement tolérer un tel programme, pour moi, équivaut à abdiquer consciemment, à renoncer à cette mission. Or l'auto-détermination, le libre arbitre, c'est probablement ce qui caractérise le plus l'individu qui atteint la maturité.
Enfin, si les parents sont réellement des parents, si les enseignants sont réellement des enseignants, si eux-même sont auto-déterminés et indépendants d'esprit, ils auront compris que ce 'souci d'éduquer' les jeunes aux médias n'est qu'une ruse grossière pour introduire le loup dans la bergerie. Personnellement, je n'aime pas trop qu'on me prenne pour un con, et vous???
Lap-ub-ne-passera-pas
Mais moi ce que je reproche le plus à la pub c'est qu'elle envahit tous. Principalement la route et les rue, les façade des maison, les transports en commun, les toilettes des écoles, etc. etc. tout espace publique alors même que nous ne pouvons pas, nous, en tant que citoyen, utiliser ces mêmes espaces QUI SONT A NOUS
publicité n. f.
Équivalent(s)
English advertising
Définition :
Ensemble de techniques et de moyens de communication qui pousse le public à faire l'acquisition d'un bien ou d'un service donné ou qui cherche à promouvoir dans le public une image favorable de l'entreprise ou de l'organisme émetteur.
Note(s) :
On distingue généralement plusieurs types de publicité suivant l'étape du cycle de vie économique d'un produit ou d'un service : la publicité de lancement, la publicité de conquête du marché, la publicité d'entretien et la publicité de relance d'un produit ou d'un service en phase de déclin.
Les synonymes sont intéressants :D endoctrinement, propagande, sollicitation...
Lap
La comm et la pub, ça s'apprend (et oui on fait des etudes pour en faire son métier !) et c'est malgré tout complexe et c'est pas seulement une définition.
Moi z'aime la pub !
lol, oui oui ça nous envahit, ça c'est vrai...
Ceci dit, moi j'ai rien contre les tagueurs...mais quand c'est beau !
Comment la pub en effet pourrait-elle éduquer les enfants sur ses principes de séduction ? Ce programme est un leurre....Ce serait comme demander à un Don Juan de vous initir à la châsteté !
La suite sur Contre-publicité pour Antipubs. http://lelay.blog.lemonde.fr/lelay/2005/11/oeuf.html
L'impression que j'ai eue en lisant l'article (n'hésitez pas à me contredire si je me trompe), c'est que la pub, c'est comme le tabac : les industriels des deux bords font ce qu'ils peuvent pour harponner le client quand il est le plus vulnérable, et annoncent hypocritement qu'ils n'y sont pour rien si les enfants se font avoir, c'est la faute des parents qui ne les éduquent pas suffisamment.
« À partir là, la publicité est devenue mensongère et dangereuse. Et alors, qui a-t-il de mal à faire rêver pour vendre un produit ? »
Entre utilisation raisonnable et abus il y a un fossé, que le monde de la pub n'a pas hésité à franchir.
« Mais ce n'est pas en militant contre la publicité, partie immergée de l'iceberg, que l'on vaincra la spirale démentielle de l'hyperconsommation. »
Immergée ou émergée ? Serait-ce un lapsus révélateur ?
« Ce n'est pas parce qu'elle profite du déséquilibre apparent de l'individu que la publicité est responsable de ses dysfonctionnements. Elle nourrit tout au plus une maladie de notre temps,(...) »
J'en conclus donc que continuer à fournir de la drogue à un drogué est une pratique commerciale tout à fait acceptable, puisqu'elle génère du profit ?
« Il est un combat beaucoup plus personnel(...) [et] (...)plus efficace(...). Soyons des parents ! »
Ben voyons. Ne cherchons surtout pas à guérir, contentons-nous de faire de la prévention alors que la gangrène est déjà installée chez bon nombre d'adultes.
Et aussi sur « À propos de l'auteur » : « Direction d'une agence de communication régionale devenue leader. (...) Marketing et stratégie de communication produits pour La Française des Jeux, Unilever, Peugeot, Danone, Pepsico(...) »
L'auteur me donne l'impression (et c'est une impression tout personnelle qui n'engage que moi) de vouloir donner des leçons, en disant « Faites ce que je dis, pas ce que je fais », qui est à mon sens la pire des méthodes pour élever ses enfants.
Voila ce que je lis entre les lignes de son texte : « Je travaille dans l'industrie de la publicité, je fais partie intégrante de cette énorme machine qui vous arrose de pub en permanence, mais que voulez-vous ma bonne dame, il faut bien que je fasse vivre ma famille. Essayez donc plutôt d'éduquer vos enfants malgré la déferlante marketing, malgré les attaques omniprésentes dans la rue, dans les transports en commun, dans la presse, sur Internet, à la radio, à la télévision, et laissez moi continuer à alimenter la-dite déferlante pour mon propre profit. »
Raffa, si tu trouves que ce message est offensant vis-à-vis de l'auteur et n'a pas sa place sur ce site, ne te gène pas pour le supprimer.
Pour ma part je regarderais plus vanat lundi.
Je viens de vous lire et vous remercie de lintérêt que vous portez à mes écrits. Jai honte des fautes que vous avez eu la « gentillesse » de relever, et vais les corriger de ce pas. Acceptez mes excuses.
Mon blog est public, votre attaque à mon égard est recevable, même si mon intervention visait humblement à nourrir un débat intelligent initié par Raffa. Il sagit bien de protéger, déduquer et de rendre autonome nos enfants face à lenvahissement des médias et de la publicité dans notre environnement quotidien, non ? Jai parfaitement compris votre extrême irritation, au point de me prendre pour un petit diablotin, mais, voyez-vous, je suis un papa avant dêtre un salopard de publicitaire, et je doute que votre méthode offensive et offensante puisse servir la cause que nous défendons.
Avez-vous conscience du fait que la publicité nest quun petit maillon dune énorme chaîne qui sappelle léconomie moderne ? La publicité investit des médias, qui financent les programmes, les films et leurs stars qui valorisent des produits de marques, relayés par ces mêmes médias qui en vivent, souvent en ouvrant des espaces pour la publicité de produits, qui finance aussi des supports pour celles de collectivités, qui elles-mêmes font appel à des entreprises pour financer des ronds-points avec les bénéfices réalisés sur la vente de produits et services que vous achetez ! (liste des interactions non exhaustive bien sûr, vous pouvez relever le style peu académique de circonstance ).
Vos propos dans un autre commentaire pour Raffa me font doucement sourire. « La publicité est une pollution causée par lhomme » Cest intéressant pour limage avec la poubelle, mais cette pollution ne serait-elle pas causer par le consommateur lui-même, plutôt que lhomme ? Et dajouter « elle pourrait être facilement limitée ». Ah oui ? Et comment ?
Vous ne pensez tout de même pas que nos politiques, dont les partis sont financés par des entreprises, qui montent au créneau quand lune dentre elles va passer aux mains dactionnaires étrangers, vont limiter la publicité qui permet aux entreprises de vendre plus, et donc de créer des emplois ? Vous imaginez les médias eux-mêmes soutenir une limitation de la publicité ? Redevance ? Donnez-nous des leçons, Matthieu
Cest en somme ce que je trouve un peu puéril dans le discours des antipubs, que je relève sur cet article dans mon blog : cet idéalisme est noble et légitime, mais peu réaliste.
Il me paraît plus efficace par exemple de consommer au quotidien avec raison : posez-vous la question de ce dont vous avez besoin, et non de ce que vous avez envie. Adoptez cette attitude responsable, et les effets de la publicité sont nuls (foi de publicitaire). La ruée du consommateur vers les hypermarchés discounts, sans produits de marque, ébranle bien plus la grande distribution aujourdhui, que la somme de toutes les actions militantes antipubs réalisées à ce jour en France.
La publicité fait partie intégrante des médias dabord, dun système économique ensuite quelle nourrit, qui la nourrit, et que vous consommez ! Cest à lui quil faut sen prendre. Soit vous vous jetez dans un activisme de révolte, soit vous agissez à votre niveau personnel. Le combat pour la sauvegarde de la planète est du même niveau : ou vous attendez que les grandes nations fassent quelque chose, et elles le peuvent, vous pouvez le revendiquer, limaginer, le rêver, et le crier haut et fort. Soit vous adoptez une attitude active à votre petit niveau personnel.
Cest la raison pour laquelle le combat contre la publicité me paraît un faux combat. Jentends bien la symbolique quelle représente, mais cette partie émergée (merci) du système nest quun symbole. Un nombre important dactions anti-pubs sont intéressantes, et permettent la prise de conscience populaire, mais elles sont souvent sans effet face au système en place, parfois même avec un effet contraire (parole de publicitaire). Que dénergie dépensée Voyez celle que vous avez investie pour me montrer votre colère, parce que je suis publicitaire
Pour ma part, je ne perds pas mon temps à des attaques inutiles et des combats perdus davance. Jessaie dêtre pragmatique et mon action vise un résultat qui a du sens. Aussi, je prends du temps pour éduquer mes enfants, en proie aux médias dont la publicité fait partie, et au plaisir de la lecture, sans publicité.
Jai pris aussi le temps pour vous répondre, parce que, dans ce combat personnel, il est un devoir de partager les expériences et des points de vues pour senrichir. Cest comme ça que je gagne ma vie !
* mon fils savait lire avant de savoir lire : Casto..., Decath..., Carref..., le M de qui vous savez, ... il a su reconnaître ces logos et les noms associés très rapidement, preuve qu'ils marquent les enfants (et les adultes aussi) fortement.
* très tôt, nous lui avons désigné les encarts publicitaires dans les magazines , et depuis, il est capable de faire la distinction 'ah oui, ça c'est de la publicité' ; et nous lui avons expliqué quel était l'objectif des pubs : non pas lui faire du bien, mais gagner de l'argent en le faisant acheter ; il n'est pas besoin d'un matériel très sophistiqué pour cela !
* la magazine Coccinelle est à tendance bio-écolo, mais je ne l'achète pas car il est plein de pub ; de la pub pour des aliments bio, certes, mais pub quand même.
Je me suis certes un peu emporté. Il n'en reste pas moins que l'attitude qui, à mon avis, transparait dans votre texte et qui me semble être « le matraquage publicitaire est inéluctable » est du meme acabit que « la dilapidation des ressources de la planète est inéluctable car il faut bien que l'industrie vive et que la croissance croisse ». On a déjà discuté brièvement sur ce site des problèmes écologiques qui sont générés par la recherche de la croissance, du profit sans autre but que le profit, sans aucune autre considération, à travers la consommation sans retenue. La publicité est l'outil de prédilection pour pousser les gens à consommer sans penser. Combattre la prolifération incotrôlée de publicité est donc un moyen de limiter la consommation, et donc de limiter l'impact de notre société sur l'écologie. Éduquer ses enfants est un autre moyen de limiter la consommation, mais avouez que ce serait tellement plus facile d'éduquer nos enfants s'ils n'étaint pas assaillis par la publicité à chaque coin de rue.
Vos propos dans un autre commentaire pour Raffa me font doucement sourire. « La publicité est une pollution causée par lhomme » Cest intéressant pour limage avec la poubelle, mais cette pollution ne serait-elle pas causée par le consommateur lui-même, plutôt que lhomme ? Et dajouter « elle pourrait être facilement limitée ». Ah oui ? Et comment ?
Ce n'est pas le consommateur qui demande à voir les paysages défigurés par des panneaux publicitaires ou à voir son programme TV interrompu toutes les 10 minutes par des pages de pub (comme aux État-Unis), que je sache ? C'est l'omniprésence de la publicité que je considère comme de la pollution, à l'instar des termes tels que « pollution sonore » ou « pollution lumineuse ».
Et puis, les vendeurs d'espaces publicitaires (oui, ce ne sont pas les mêmes que ceux qui produisent les publicités, j'ai fais l'amalgame plus tôt mais je vais essayer de me corriger) pourraient par exemple faire preuve de retenue, indépendamment de toute législation. Un certain sens de l'éthique, du respect de leurs clients, valeurs qui ont totalement disparu du vocabulaire de nombreuses entreprises, surtout celles qui sont en position de monopole/oligopole. Les publicitaires pourraient par exemple refuser de faire de la pub destinée exclusivement aux enfants, de la même manière qu'un médecin refusera de prescrire des stupéfiants à un drogué (en dehors d'une application thérapeuthique s'entend).
La ruée du consommateur vers les hypermarchés discounts, sans produits de marque, ébranle bien plus la grande distribution aujourdhui, que la somme de toutes les actions militantes antipubs réalisées à ce jour en France.
Le fait que les consommateurs vont de préférence dans des magasins discount ne semble avoir aucune influence sur le volume de publicité que l'on nous fait subir : au contraire, en plus de faire de la publicités pour les produits de marque, on a droit aussi à de la publicité pour les marques d'une manière générale ! À quand la publicité pour la publicité : « La publicité est votre conseillère, faites confiance à la publicité, la publicité ne veut que votre bien... »
Éduquer les enfants à consommer moins peut mener à une société moins dispendieuse en ressources (matières premières, énergie, pollution...), mais je doute qu'elle amène à une société avec moins de pub : au contraire, comme les gens consomment moins, il faut les matraquer encore davantage pour qu'ils choisissent nos produits plutôt que ceux de la concurrence. Il n'en reste pas moins que l'éducation des enfants est primordiale, mais l'omniprésence de la publicité ne nous facilite pas la tâche, bien au contraire..
la publicité qui permet aux entreprises de vendre plus, et donc de créer des emplois ?
Vous y croyez vraiment ? Les grandes entreprises qui licencient à tour de bras pour faire monter le cours de leurs actions sont les mêmes que celles qui augmentent leur budget marketing au détriment de celui de R&D, les mêmes que celles qui menacent de délocaliser en Asie si l'État ne leur fait pas une ristourne sur leurs impôts. Forcément, pour vous, une augmentation du marketing signifie davantage d'emplois (c'est votre métier, après tout). Pour moi, cela signifie que l'entreprise ne sait plus être créative, et qu'elle essaye de se rattrape aux branches pour éviter de sombrer.
Que dénergie dépensée Voyez celle que vous avez investie pour me montrer votre colère, parce que je suis publicitaire
Sans parler de celle que vous avez dépensée pour me répondre
J'ai surtout voulu montrer aux lecteurs de ce site que, contrairement à ce qui transparait dans votre texte, la publicité n'est pas une fatalité, mais belle est bien causée par les abus de l'homme, tout comme la pollution. Pas causée par les seuls publicitaires (de la même manière que les guerres ne sont pas causées par les marchands d'armes, après tout, ces derniers ne font que fournir à leurs clients ce qu'ils demandent), ni par les seuls annonceurs, ni par les seuls consommateurs (si les armes n'étaient pas si facilement disponibles, les guerres se pratiqueraient encore à mains nues sur des champs de bataille et il y aurait bien moins de victimes civiles). Ce sont effectivement les interactions entre ces trois groupes de personnes qui sont le moteur de la société de consommation.
Avez-vous conscience du fait que la publicité nest quun petit maillon dune énorme chaîne qui sappelle léconomie moderne ?
En fait non, je n'en avais pas conscience. Je pensais au contraire que la publicité et le marketing d'une manière générale sont des outils essentiels de l'économie moderne : sans publicité, pas de consommation de masse, donc moins de revenus, moins de production, etc.
Mais tout ceci n'excuse en rien le fait que les publicitaires vivent de la manipulation des personnes faibles d'esprit (entre autres les enfants) afin de les pousser à acheter, et qu'ils ne semblent avoir qu'un sens limité de l'éthique (si tant est qu'il existe). Et l'article de Raffa auquel ce commentaire fait suite en est le parfait exemple : l'école devrait être considéré par tous, y compris par les annonceurs et les publicitaires, comme un lieu sacré, dédié à l'enseignement des générations futures, pas comme un vivier de consommateurs en puissance. Il ne devrait même pas y avoir besoin de loi qui empêche la publicité d'être introduite à l'école, cela devrait faire partie du bon sens de tout adulte responsable, et en particulier de tout parent. Et aussi de la déontologie des publicitaires : est-il éthique de déguiser de la publicité en divertissement (dessins animés de Disney
qui ne sont finalement plus que de la pub pour les produits dérivés, série Pokemon, qui n'est que de la pub pour les cartes à collectionner, les jouets et les jeux vidéos, en particulier la chanson du générique qui est « Pokemons: il faut que tu les attrapes [c.-à-d. achètes] tous ! »), d'associer une attitude « cool » avec des produits tels que la cigarette, d'utiliser le « porno chic » pour vendre n'importe quel produit ?
Ne croyez pas que je sois complètement opposé à la publicité : pour vendre un produit, il faut le faire connaitre, la publicité informative est un moyen simple et efficace. Ce que je reproche à la pub, ce sont les dérives de ces 20 dernières années : l'augmentation du volume et son omniprésence, les méthodes à faire pâlir d'envie les meilleurs propagandistes du passé, et la disparition manifeste de la deontologie de la profession.
Les grandes entreprises qui licencient à tour de bras pour faire monter le cours de leurs actions sont les mêmes que celles qui augmentent leur budget marketing au détriment de celui de R&D, les mêmes que celles qui menacent de délocaliser en Asie si l'État ne leur fait pas une ristourne sur leurs impôts.
Je dirais même que pas mal de société (enparticulier les grandes marques de vêtement) ne sont desormais plus que des marques, des logos et du marketing : elles ne fabriquent elles-mêmes plus rien se contentant d'acheter leur commande en Asie à bas prix.
l'école devrait être considéré par tous, y compris par les annonceurs et les publicitaires, comme un lieu sacré, dédié à l'enseignement des générations futures, pas comme un vivier de consommateurs en puissance.
Je dirais aussi ni comme un lieu où l'on cherche à développer l'employabilité des jeunes.