C'est long, mais c'est grave... très grave !

Dernièrement j'ai eu l'immense plaisir de revoir ma meilleure amie, qui vit en Colombie. On avait des tas de trucs à se raconter et au détour de la conversation elle me parle des fumigations en Colombie... Comment, avec tout ce que lis, n'étais-je pas au courant d'une histoire, ou plutôt d'un scandale, pareil ! Je savais pour Chiquita (cliquez sur ce lien pour ceux qui ne savent pas, ça vous dégoûtera à jamais des bananes non bio et non fair trade) et je me doutais qu'il devait y en avoir d'autres... mais ça !

Après une tite recherche sur mon neurone préféré (et on en parle, heureusement, mais comment ne suis-je jamais tombée dessus ?!?), je dois dire très honnêtement que je considère ce qui se passe actuellement en Colombie comme l'un des plus odieux et des plus graves crimes perpétré contre un peuple et sa décendance. Et c'est malheureusement aussi une atteinte gravissime à un écosystème extrêmement riche, peut-être le plus riche de la planète, qui contient (contenait ?) des milliers de plantes, pour la plupart médicinales, d'insectes, d'oiseaux, de micro-organismes, ... encore inconnus et qui est le plus gros poumons de la planète ! Mon amie ne sait même pas à quel point ce qui se passe est dramatique. Les ramifications liées à ce sujet sont innombrables, je ne peux pas vous parler de tout , bien que j'en ai eu l'intention , mais je vous laisse un certain nombre de liens qui vous permettront d'en savoir plus.

Le contexte : le Plan Colombie

Vous n'etes pas sans savoir que la Colombie est en proie à un conflit armé depuis plusieurs décennies. La crise sociale, économique et politique qui en découle est probablement la pire qui sévisse actuellement. La guérilla colombienne et les paramilitaires qui protègent les grand propriétaires fonciers se financent grâce au narcotrafic. La Colombie est devenue rapidement l'un des plus gros producteurs de coca (cocaïne), pavot (héroïne) et de cannabis du monde, dont 80% de la production est exportée vers les Etats-Unis. A l'heure actuelle, la petite paysannerie colombienne ne pourrait pas vivre sans la production de drogues.

"Après cinquante [années] de guerre civile, M. Andrés Pastrana, élu le 20 juin 1998, avait renoué le dialogue avec l’opposition armée. En accordant aux Forces armées révolutionaires de Colombie (FARC) une zone démilitarisée il permettait la reprise de négociations depuis longtemps au point mort. Cependant, le 21 septembre 1999 à Washington, au terme d’un entretien avec le président William Clinton et sans que le Congrès colombien n’ait été en rien consulté, M. Pastrana remplace ce Plan de développement par un « Plan pour la paix, la prospérité et le renforcement de l’Etat », dit Plan Colombie détaillant un programme qui coûtera 7 500 millions de dollars, dont 3 500 millions de dollars en aide extérieure, (1 600 millions de dollars proposés par Washington). L’objet est ambitieux. Il ne présente qu’un défaut, mais de taille. Alors que tous les yeux sont tournés vers des négociations de paix dont on sait qu’elles seront longues et difficiles, il n’a pour objectif que de renforcer, équiper et entraîner l’armée colombienne ; sous la pression de Washington, il joue la guerre contre la drogue, niant la nature sociale et politique du conflit. Le prétexte pour maquiller les véritables objectifs de la future intervention américaine, conserver le contrôle de cette région vitale, riche en ressources stratégiques, le pétrole en particulier, est ainsi trouvé : pour le Pentagone, la principale menace qui pèse sur l’hémisphère n’est plus Cuba, mais la possibilité que surgisse un « narco-Etat colombien »." (Le Monde Diplomatique)

Je ne parlerai ici que du volet "Drug War", sans trop chercher à vous expliquer pourquoi, mais plutôt comment et à quel prix ! Mais il est évident que donner une réponse militaire a un problème social pose question.

Guerre chimique : les fumigations

L'éradication des cultures illicites se fait par fumigations. Cela consiste à asperger par avion les cultures avec un puissant herbicide (en l'occurence le Roundup Ultra). Ce produit doit être utilisé avec d'extrêmes mesures de protection (en particulier des plantes non visées) et à une concentration de 1 %. En Colombie il est aspergé sans discrimination, concentré à 26 %. Les effets de cette politique de la tere brûlée sont dramatiques :

Chaque fois, raconte l'agriculteur, «le vent éparpille le poison. On sent un liquide amer coller aux lèvres et à la peau, piquer les yeux. On ne consomme plus que des légumes aspergés de défoliant (voir photo) et on est tous malades. Des chevaux meurent de maladies bizarres et les gamins qui se baignent au torrent se couvrent de plaques rouges.» (photo) Ces effets collatéraux du glyphosate, l'agent actif du Roundup épandu, soupçonné d'être cancérigène et mis à l'index en France par le CNRS, sont dénoncés dans toutes les zones fumigées. Des taux inhabituels de fausses couches et de malformations congénitales auraient même été observés. Mais, comme l'admet un médecin d'El Tablon, «en l'absence de toute étude épidémiologique et environnementale sérieuse, nous en sommes réduits à des spéculations». (Le Figaro, c'est moi qui ai rajouté les liens vers les photos)

A noter que le le Roundup ultra ne contient pas que du glyphosate. Les autres substances présentes le rendent 2 fois plus toxiques. "L’Institut des sciences dans la société (ISIS) a informé en juillet de cette année : « une étude épidémiologique menée auprès des populations agricoles de l’Ontario a montré que l’exposition au glyphosate doublait presque le risque d’avortement spontané en fin de grossesse ». L’article ajoutait que plusieurs études récentes « suggéraient qu’il y avait un lien entre l’utilisation du glyphosate et le risque de cancer, le lymphome non-hodgkinien... et le myélome multiple ». La persistance environnementale dont a fait preuve le RoundUp, que l’on retrouve dans certains écosystèmes après 360 jours, jointe au fait qu’il figure couramment parmi les contaminants des fleuves, porte à s’inquiéter pour la santé des gens et des animaux qui vivent dans les environs des plantations d’arbres. Néanmoins, les risques que comporte l’inhalation de l’herbicide sont beaucoup plus graves. En effet, de nombreuses études ont montré qu’il était bien plus dangereux de le respirer que de l’avaler.(World Rain forest movement)

"Les analyses médicales réalisées permettent de mettre en rapport la symptomatologie décrite par la population avec celle qui se produit par l’inactivation de la cholinestérase, qui est l’effet des organophosphorés. Cela produit une sur-stimulation du système nerveux central qui cause : maux de tête, étourdissements, nausées, vomissements, douleurs stomacales et faiblesse. A ces symptômes s’en ajoutent d’autres qui sont plus spécifiques du Round p Ultra, caractérisés par une forte irritation des yeux et de la peau. Les analyses sanguines pratiquées sur les populations de la zone frontalière nous mettent en alerte devant le risque qu’on est en train de faire des fumigations sur une population qui possède des niveaux de fragilité chromosomique 17 fois supérieure à la normale. Cette situation pose l’interrogation sur l’incidence des récentes fumigations sur l’accroissement des aberrations chromosomiques détectées, ou bien s’il s’agit d’autres de d’autres facteurs, encore à déterminer, mais qui pourraient influer négativement sur une population déjà à risque. Cette situation est en somme délicate, puisque la fragilité chromosomique implique une plus grande fragilité pour l’apparition de cancers, mutations, malformations et avortements." (CMAQ, 2005)

Bien que longtemps niée par Monsanto qui le fabrique, la toxicité du Roundup est maintenant prouvée (Glyphosate Toxic and Roundup Worst - 2005).

En plus des problèmes de santés subis par les hommes mais aussi par les animaux, en particulier le bétail, de nombreuses cultures sont touchées, sans parler de la forêt. "En 2000, nous avons acheté « La Luna », une terre ayant un accès à la mer. Pour la première fois, depuis l'invasion espagnole, les Kogis possédaient une terre chaude. Ils étaient heureux et plein d'espérances. Fin 2004, « La Luna » a été déclarée « Réserve Indigène », lieu protégé… La Sierra est une des Réserves de Biosphère de l'UNESCO. Quinze jours plus tard, le 17 juillet, un avion de la Dyncorp (société privée américaine) a fumigé « La Luna ». Un seul passage a suffi pour provoquer un désastre total. Il a quelques semaines, j'ai visionné le deuxième documentaire que nous avons fait sur les Kogis. Maintenant, « La Luna » ressemble à certaines parties d'Asie après le « Tsunami »… Je n'arrivais pas à y croire. Les Kogis avaient mis quatre ans pour régénérer les sols, à présent ils vont devoir attendre des années pour replanter. Tout est contaminé, les ruisseaux sont à sec car il n'y a plus d'arbres pour retenir l'eau." (El Correo - 2005)

Tandis que les cultures de coca changent de place au grès des fumigations en se jouant des frontières (de même que les fumigations et ce au mépris des lois, l'Equateur et le Chili n'ayant pas autorisé les fumigations), les paysans sont ruinés et n'ont plus que l'exode vers la ville ou s'enfoncer dans les forêt (et donc déboiser de nouveau) comme solution, quant aux indiens... A noter que cette chère Condolezza Rice a demandé à la Colombie d'intensifier les fumigations et de changer les lois pour pouvoir aussi arroser les Parcs Nationaux (10 millions d'hectares, 2ème richesse de biodiversité au monde, après le Brésil).

Pour ceux à qui les images parlent plus que les mots voici quelques dessins d'enfants de primaire des régions touchées par les fumigations.

No comment.

Guerre biologique

Mais il y a pire. Je vous préviens ce que je vais vous dire ici est complètement nié par les Etats-Unis et les preuves sont encore faibles... mais bon vu l'engeance.. je crois qu'il y a peu de doutes à avoir sur le fait qu'ils ont au moins essayé. Tout d'abord permettez-moi de vous présenter 2 charmants champignons.

Fusarium oxysporum est un champignon du sol, généralement pathogène, très répandu dans le monde entier. Il en existe de nombreuses variétés et la plupart attaquent une plante en particulier. La fusariose - maladie provoquée par ce champignon - est extrêment grave pour les cultures (tomate, melon, lin, oeillet, cyclamen, asperge, palmier, blé, orge, maïs, avoine, concombre, courgette, topinambour, piment, pomme de terre, banane, manioc, de nombreuses arbres... ) Ces champignons peuvent aussi provoquer des problèmes de santé chez l'être humain (nausée, vomissement, saignement interne, infection de la peau, des yeux, des ongles etc.) Ils peuvent même être hautement toxiques chez les humains et les animaux. Pour ces raisons Fusarium est considéré comme une arme biologique car il "peut produire des microtoxines qui sont suffisamment mortelles pour être considérées comme des armes de guerre et qui sont cataloguées comme des agents biologiques dans le brouillon du Protocole des Armes Biologiques et Toxiques". Par ailleurs, la toxicité de ce champignon croît pendant des années et il est extrêmement difficile de l'éradiquer. Ce champignon est l'un de ceux qui mutent le plus à l'état naturel (d'où le très grand nombre de variétés). Et c'est pour cette raison que c'est l'un des petits joujoux préférés des laboratoires.

Quant à Pleospora papaveracea, j'avoue très honnêtement n'avoir pas cherché plus loin pour lui. Ce sujet m'a emmené dans des méandres tous plus scandaleux les uns que les autres. Dès que j'ai le courage je vous dit de quoi il retourne pour ce champignon, en attendant des infos (point 3.2)

Toujours est-il qu'ils sont tous les deux des mycoherbicides (herbicides à base de champignons provoquant des maladies chez les plantes). Ils ont été modifiés génétiquement pour être particulièrement agressif contre les plantations de coca et de cannabis (Fusarium) et anénantir les cultures de pavots (Pleospora).

Ils font tous les deux partie de l'"agent vert" (cela ne vous rappelle pas un autre agent d'une autre couleur utilisé pendant la guerre du Vietnam dont les effets toxiques se font encore ressentir actuellement ?).

Les Etats-Unis ont demandé à la Colombie à maintes reprises l'autorisation de pulvériser l'agent vert sur les plantations de coca (ansi qu'à l'Asie d'ailleurs). Sous la pression de la société civile et de la communauté internationale, officiellement ces projets ont été abandonnés (mais pas en Asie ou des essais sur le terrain ont été et sont encore faits).

MAIS "La dénonciation des habitants de la zone d’avoir vu deux types différents de fumigations (une faite de liquide blanc, et d’autres de couleur poudre [de] café) nous amène à analyser des échantillons de plantes afin d’écarter que, malgré les prohibitions existantes, on ait utilisé l’agent biologique « Fusarium Oxysporum » devant lequel on serait en face de l’utilisation d’agents biologiques qualifiés d’armes biologiques, ce qui évidemment aurait de graves implications au niveau international. Quoique les limitations pour l’analyse technique ne permettent pas de déterminer l’espèce, on trouva la présence du genre fusarium dans tous les échantillons récoltés, tant dans les racines, les feuilles et les sols." (CMAQ, 2003)

Et par ailleur "Le 10 décembre 2003, Sharon Stevenson, correspondante au Pérou de la chaîne CNN, de l’hebdomadaire Newsweek et de la radio Voice of America, a été retrouvée étendue et inconsciente près de son véhicule dans un quartier populaire de la capitale péruvienne. Elle portait des traces de strangulation et de multiples contusions sur le corps, dont un coup particulièrement fort sur la tête, probablement responsable de son amnésie partielle. La journaliste avait quitté son domicile dans l’après-midi pour se rendre à un rendez-vous avec Romel Pinedo, un informateur colombien censé lui apporter la preuve de l’usage d’un agent biologique dans les opérations d’éradication de la culture de la coca menées par le gouvernement.[...] Sharon Stevenson enquêtait depuis une dizaine d’années sur l’utilisation d’un champignon, le Fusarium Oxysporum, dans les programmes de lutte contre le trafic de drogue au Pérou. Malgré les nombreuses plaintes déposées par les fermiers victimes des campagnes de destruction des plants de coca, le gouvernement péruvien et l’administration américaine, qui soutient ces opérations, ont toujours démenti en avoir fait usage." (RSF)

Et quand bien même ils n'utiliseraient pas l'agent vert, des études ont prouvé que l'utilisation massive de Roundup favorisait le développement de Fusarium (Monde Solidaire)

Et tout ça pourquoi ?

Pour rien, absolument rien, le narcotrafic n'a pas diminué, au contraire, et l’ambassadeur des Etats-Unis a reconnu en 2004 que l’impact du Plan Colombie sur le narcotrafic est presque nul. Pourtant les fumigations se poursuivent... ne me dites pas qu'il n'y a pas d'autres raisons. Ceci est clairement une guerre, je dirais même un génocide. Les Etats-Unis sont très fort car ils la font avec l'accord des autorités Colombienne (qui n'ont pas vraiment le choix il faut bien l'avouer). Chaque année, l'aide américaine s'élève à 600 millions de dollars, 80% va à l'aide militaire, 150 millions de dollars sont consacrés aux fumigations. Le bilan du Plan Colombie est dramatique.

On vit dans un monde de merde. Jai la rage au coeur et les larmes aux yeux. Je vais me coucher.


(c) MIT

Agir

Je n'ai pas trouvé beaucoup d'actions sur ce sujet, en dehors de la pétition de MamaCoca. Merci de m'informer si vous en trouvez d'autres.

S'infomer, sites principaux (en anglais)

Sources et informations complémentaires

Plus général

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