Planète Vivante ? Vraiment ? En sursis plutôt... je n'arrête pas de vous le montrer dans ma newsletter, à tel point qu'on m'a demandé de trouver des bonnes nouvelles à y mettre tellement elle était déprimante... Mais les bonnes nouvelles, elles, sont difficiles à trouver, quasi toujours locales à faible impact ou alors des ébauches de réflexions et parfois, ô miracle, de décisions... Mais tout cela est lent, si lent, trop lent !! Définitivement trop lent.  

La capacité de charge de la terre est dépassée depuis plusieurs années.  Le 09 octobre 2006, nous avons fêté le Jour de la dette écologique ou Jour du dépassement ("Overshoot day"). C'est à dire le moment de l'année où nous avons consommé plus que la terre peut produire en 1 an. Jusqu'à fin 2006, nous accumulerons une dette écologique qui s'ajoutera à celles des années précédentes. En 1987, le jour du dépassement s'était produit le 19 décembre, en 1995 le 21 novembre. Chaque année plus tôt.

Le rapport Planète Vivante 2006 du WWF fait le point. L'homme consomme les ressources plus vite que la planète ne peut les régénerer. La planète ne peut plus suivre notre croissance (démographique et de production). Si on ne fait rien très vite, il ne fera pas bon vivre en 2050 (ni d'ici là d'ailleurs). Nous aurons alors 34 ans de dette écologique cumulée.

Quel âge aurez-vous en 2050 ? Et vos enfants ? ... et oui ce n'est pas si loin que ça.

Ceci dit, rien de nouveau, j'ai lu et écrit le même genre de choses, avec le même genre de conclusions il y a à peine 10 ans (dans les milieux spécialisés il est vrai). Depuis, les chiffres ont augmenté, des écosystèmes  sont complètement ruinés, la biodiversité a diminué de 30%, la dette écologique est devenue quelque chose de tangible, et le dérèglement climatique est bien visible. Depuis on a quelques rares nouvelles technologies qui peuvent nous aider à vaincre ce défi.

Ce que je veux dire c'est qu'on SAIT depuis la fin des années 80 où on va (et même avant). Seulement, à l'époque, on se disait qu'on avait bien le temps de voir venir, les écolos cassandres n'étaient pas écoutés. Alors on n'a pas mis les moyens où il fallait. Pire, on a accentué les comportements qui étaient mis en cause. Résultat, en 20 ans à peine, tout a empiré (et on ne parle pas du social !).

Quelques morceaux choisis du rapport.


EMPREINTES A TRAVERS LE MONDE, 2003
La taille du pays représente la part de l’empreinte
nationale totale dans l’empreinte globale de
l’humanité. Les empreintes nationales par personne
sont indiquées par couleur

Si on ne change rien

En 2050, même en considérant les projections les plus optimistes des Nations Unies – croissance modérée de la population, de la consommation de nourriture et de fibres et des émissions de CO2 – si l’accroissement de l’empreinte mondiale devait se poursuivre au rythme actuel l’humanité consommerait des ressources à un taux deux fois plus élevé que ce que la Terre ne peut générer. [...]

En 2050, selon ce scénario, l’empreinte totale des terres cultivées et liées à l’absorption du CO2 aura augmenté de 60 %, la demande en pâturages et en zones de pêches de 85 % et l’utilisation des forêts de 110 %. En supposant une croissance modérée de la population, cela signifie que l’empreinte moyenne par personne augmenterait de 2,2 hectares globaux en 2003 à 2,6 hectares globaux à la moitié du siècle. [...] A cause de cette surexploitation continue l’humanité accumule une dette écologique. Cette dette est la somme de tous les déficits annuels. En 2050, dans ce scénario « Business as usual », la dette accumulée correspondra à 34 années de productivité biologique de la planète entière. En outre, la surexploitation continuerait au-delà de 2050 et la dette devrait donc continuer à s’accumuler. [...]

Si la Terre était entièrement couverte de forêts elle aurait une réserve écologique cumulée théorique d’environ 50 ans et pourrait donc supporter un maximum de 50 années-planète de dette écologique. Une fois cette réserve épuisée, il lui faudra alors 50 années pour reconstituer ses réserves. Ce maximum théorique serait réduit si une récolte exagérée entraînait de fait la dégradation et l’effondrement des écosystèmes avant que les réserves ne soient totalement épuisées. La plupart des autres écosystèmes productifs – les terres cultivées, les pâturages, les pêches – ont sensiblement moins de réserves disponibles que les forêts et par conséquent disposent de moins de réserves accumulées avant d’être épuisés.

Alternative ?

Le WWF, propose des sénarios possibles pour s'en sortir. A quel prix ? Il n'y a pas de miracle.

[...] La seule alternative est d’éliminer la surexploitation des ressources. [...] Par le passé, il a été démontré que des conditions prolongées de surexploitation locale ont réduit la disponibilité des ressources et entraîné la chute des économies locales (Diamond 2005). Si nous voulons éviter un tel scénario à l’échelle globale, la question pertinente n’est peut-être plus tant de savoir ce que cela coûterait de supprimer la surexploitation mais ce que cela nous coûterait de ne pas le supprimer.
Trois facteurs déterminent l’Empreinte Ecologique, c-à-d la demande vis-à-vis de la biocapacité. Il s’agit de la taille de la population, la consommation moyenne par personne, et l’intensité moyenne d’empreinte par unité de consommation.

Sénario de modification progressive (on sort de la surexploitation +/- vers 2100)

[...] La plus grande part de l’Empreinte Ecologique en 2003 correspond à la demande en biocapacité nécessaire pour absorber les émissions de CO2 provenant de combustibles fossiles. De nombreux géologues s’attendent à ce que le pic de production du pétrole ait lieu au cours des deux ou trois prochaines décades. Cependant, de larges réserves de charbon, de sables bitumineux et d’autres formes plus coûteuses de combustibles à base de carbone existent qui, faute de contrôles rigoureux, pourraient mener à une augmentation des émissions tout au long du siècle à venir.Quelles sont les stratégies disponibles pour réduire la dépendance vis-à-vis des combustibles fossiles ?

Une analyse récente suggère qu’une combinaison de sept changements majeurs serait nécessaire seulement pour maintenir les émissions de 2050 à un niveau égal au niveau présent (Pacala et Socolow, 2004). Ces changements incluent une réduction de 25% des émissions liées aux bâtiments, une réduction de la consommation en carburant de 2 milliards de voitures passant de 8 à 4 litres en moyenne aux 100 kilomètres, une multiplication par 50 de l’énergie éolienne et une augmentation par 700 de l’énergie solaire. Ces changements ne stabiliseraient cependant pas la concentration de CO2 dans l’atmosphère, ils en maintiendraient seulement le taux de croissance actuel. Des mesures considérablement plus fortes seront donc nécessaires pour atteindre l’objectif de réduction de 50 % pris en compte dans ce scénario.  [...] Toutes les sources
d’énergie, qu’elles soient fossiles ou renouvelables, ont une Empreinte Ecologique.

Sénario de réduction drastique (on sort  de la surexploitation +/- vers 2050)

Ce scénario suppose une réduction des émissions de CO2 de l’ordre 50 % d’ici à 2050 et de 70 % d’ici à 2100. La consommation absolue en terres cultivées et en pâturages n’augmenterait que de 15 % d’ici à 2100. Selon les projections de médiane de population, ceci implique une diminution de 23 % de l’empreinte pâturages et terres cultivées par personne. Cette diminution est possible sans
diminuer l’apport calorique ou la valeur nutritionnelle de la nourriture consommée mais en réduisant la proportion de récoltes destinées à l’alimentation animale. Ce scénario suppose également une croissance optimiste de la biocapacité, de l’ordre de 30 % d’ici à 2100, provenant d’augmentation de rendement des terres cultivées, des pêches et des forêts grâce à de meilleures technologies et une meilleure gestion. Le scénario de réduction drastique aboutit à une empreinte de l’humanité de 40 % plus petite en 2100 qu’en 2003. C’est celui qui nécessite le plus grand investissement économique initial mais, comme il minimise la dette écologique le plus rapidement, c’est aussi celui qui comporte le risque écologique le plus faible . [...] Ces augmentations de biocapacité doivent donc être gérées prudemment afin qu’elles contribuent à réduire à la fois la surexploitation et les risques pour la biodiversité.

Comment ?

[...] Pour appréhender les coûts, la complexité et l’ampleur de ce défi, la communauté internationale ne doit pas se limiter à considérer les difficultés à entreprendre pareil projet, mais doit également mesurer quelles seraient les conséquences, en termes de bien-être humain et écologique, si elle échouait à l’entreprendre.  [...] nous devrons alors trouver les moyens nécessaires pour qu’une personne puisse vivre bien avec moins de la moitié de l’empreinte moyenne actuelle. [...] Nous avons besoin d’approches innovantes pour répondre aux besoins humains si nous voulons dépasser la croyance qu’un plus grand bien-être implique plus de consommation, et ce en particulier dans les sociétés où les besoins de base sont déjà satisfaits.


Ce que cela veut dire concrètement ? Que nous, nos  voisins, nos enfants, en France, en Belgique, dans tous les "gros" pays de la carte ci-dessus, allons devoir apprendre à vivre autrement (autrement dit à moins consommer, et mieux), très vite, d'ici 10 ans. Que nos gouvernements vont devoir changer de priorités et essayer de s'entendre, si c'est possible, pour un même projet : la survie. Que nos politiques et nos économistes vont devoir apprendre une nouvelle expression : "la vision à long terme". Que tout le monde devra faire du "prosélytisme" partout et tout le temps. Que les actionnaires des multinationales devront comprendre qu'ils doivent être avec nous dans ce défi... ou sans nous. Que notre système économique va devoir changer. Que tous les habitants des autres pays (les moins gros) doivent cesser de croire que notre mode de vie est idéal, et ne plus vouloir l'atteindre. Que oui, c'est comme ça : on a tout pris et on leur a rien laissé, maintenant c'est trop tard. En bref qu'on va tous devoir s'y mettre, tous sans exception.

Réaliste tout cela ? Je ne donnerai pas mon avis sur la question (ceux qui me suivent depuis quelques années le connaissent). L'avenir nous le dira !

Et puis, comme il y a 20 ans, ce ne sont que des prévisions. Il n'y a pas de quoi s'affoler. Le Progrès, la Science, la Croissance économique mondiale, nous sortiront toujours de ce mauvais pas.

N'est-ce pas ?... N'est-ce pas ? ... N'est-ce pas ?

Lire aussi

Les droits d'auteur s'appliquent à toute oeuvre de l'esprit, quels qu'en soient le genre, la formed'expression, le mérite ou la destination. Tout lecteur de ce blog doit en respecter les droits de propriété intellectuelle. Il doit notamment veiller à ne pas reproduire et diffuser les articles et contributions publiées sur ce blog sur d’autres blogs, forums ou d’autres supports sans l’accord de leurs auteurs. Tout lecteur peut néanmoins reproduire le contenu de ce blog à des fins de consultations privées ou reproduire et diffuser de courts extraits d’un articles ou d'un message, à des fins d’information ou de recherches, en citant « Raffa'sblog, le grand ménage. http://raffa.grandmenage.info » et l'auteur (nom réel ou pseudo) de l'article ou du message.

Déni de responsabilité : Les articles de ce blog résultent en général de la compilation d'informations en provenance de plusieurs sources et d'expériences personnelles. Dans la mesure du possible, ils tentent de compiler une documentation exhaustive dont les sources sont citées. Toute personne mettant en application ces renseignements le fait à ses propres risques. Raffa's blog n'assume aucune responsabilité des dommages susceptibles de résulter de l'usage de ces renseignemens. En particulier toute décision concernant un traitement médical devrait toujours se prendre en consultation avec un professionnel de la santé qualifié.