Une fois n'est pas coutume, je vais m'étaler aujourd'hui... et pas qu'un peu !


Certains d'entre vous me lisent depuis plus de 2 ans. Ils ont lu et partagé mes états d'âmes, mes coups de gueule, mes réflexions et mes expériences sur les forums, les blogs et surtout ici-même. A vous, et à ceux, de plus en plus nombreux qui me demande "mais t'es qui toi ?", je veux vous expliquer un peu qui se cache derrière Raffa et ce blog, pourquoi je l'ai créé, pourquoi il va peut-être changer.

Vocation ?

Je suis militante de la protection de l'environnement depuis mes 11-12 ans. Actions (pas toujours très légales), manifs, bénévolats et balades dans la nature ont été mes quasi seules activités extra-scolaires jusqu'à mon entrée à l'université. Après avoir un peu hésité entre vétérinaire et baroudeuse à temps plein (je voulais prouver qu'il était parfaitement possible de vivre sans argent en parcourant le monde)... j'ai choisi de devenir biologiste (matière où j'ai toujours été très à l'aise n'ayant jamais l'impression d'apprendre, juste d'enfin comprendre).

Mes études ont été parmi mes plus riches années, autant d'un point de vue intellectuel qu'humain. J'étais comme un poisson dans l'eau et je les aurais bien poursuivies encore longtemps (il n'est d'ailleurs pas dit que je ne fasse pas l'université du 3ème âge). Mais à bac+6 j'ai rejeté par deux fois une proposition de doctorat, refusant d'entrer dans le monde de crabes qu'était - et qu'est toujours - la recherche, refusant de faire la carpette pour trouver 3,50 € pour financer mes recherches, refusant de faire de la recherche appliquée en biotechnologie quand seule la recherche fondamentale en éco-éthologie m'intéressait (mais elle n'intéresse personne et n'est donc pas financée ou peu), refusant le carriérisme du monde académique... bref je me suis trouvée dans l'obligation de trouver du boulot rapidement.

Erreur de parcours

J'ai eu de la "chance" car j'en ai trouvé très vite, dans un domaine qui me plaisait un peu... en hobby : l'informatique. Un contrat de 2 ans que je voulais provisoire. En fait un engrenage qui a duré 6 ans et demi en tout. Au bout de 6 mois j'avais déjà compris :  m'éloigner de la bio et surtout m'enfermer dans un boulot où je ne faisais pas fonctionner ma tête était l'erreur de ma vie. Un conseil : si vous n'aimez pas votre boulot et que vous êtes en CDD, n'essayez pas de le faire super bien, ne vous rendez surtout pas indispensable et partez dès que c'est possible. A chaque fin de contrat (j'en ai eu 4) je disais clairement vouloir partir, sans avoir trouvé de boulot "meilleur", et systématiquement on a tout fait pour me garder. Je n'ai pas osé aller jusqu'au bout et refuser parce que j'avais peur de me retrouver au chômage sans objectif (avec un homme lui-même au chômage), peur aussi du regard des autres, en particulier ceux - si nombreux  - qui n'ont pas de travail ou mes ex-collègues qui n'avaient pas eu ma "chance", peur surtout de me lancer sans filet dans une profession dont je ne savais rien !

Car à la fin de mon premier contrat je me suis rendue à l'évidence : je m'étais trop éloignée du monde de la bio pour espérer y retourner (et ce n'est pas faute d'avoir essayé). Et puis pour y faire quoi ? Je n'avais pas changé d'avis sur le monde de la recherche, il était hors de question que je bosse pour des grosses sociétés pharmaceutiques ou biotechnologiques et les associations ne proposaient que des petits boulots précaires, si pas bénévoles, en général uniquement accessibles aux chômeurs de plus d'un an. J'ai donc commencé à penser sérieusement au journalisme scientifique et à l'écriture (idée qui m'avait déjà effleurée pendant mes études) : j'aime écrire, j'aime fouiller et synthétiser un sujet, j'aime expliquer, j'adore et maîtrise parfaitement la recherche d'information, j'ai plein de choses à dire... cela me semblait idéal pour moi. Seulement je n'y connaissais rien en journalisme, je ne connaissais personne dans le milieu, je n'avais pas la possibilité de faire une formation, je suis nulle en orthographe (ne dites pas que vous ne l'avez pas remarqué ), je ne pensais pas avoir le talent nécessaire et cela me semblait aussi très précaire... bref je me sentais coincée et je suis restée.

Ce boulot a donc continué à me bouffer, littéralement. Mes proches peuvent en témoigner. J'ai perdu ma joie de vivre, je suis devenue très irascible, presque invivable, je ne voyais pas d'intérêt à ma vie, je pleurais devant chaque documentaire animalier, puis sans raison. J'étais tout bêtement malheureuse.

Ne pas sombrer

Pour compenser, je passais de plus en plus de temps à m'informer - au boulot car j'en avais malheureusement le temps - pour ne pas perdre pied avec le milieu de la protection de l'environnement, comprendre le monde dans lequel je vivais, réfléchir, apprendre, occuper ma tête, et surtout ne pas sombrer. C'est à ce moment que j'ai connu le forum LTT et d'autres forums écolos... et que j'ai commencé à remonter la pente. J'y ai rencontré des personnes qui semblaient sur la même longueur d'onde que moi : des gens qui voulaient se rapprocher de la simplicité et de la nature ; qui ne se voilaient pas la face et se remettaient en question - ainsi que la société ; qui refusaient de contribuer à cet immense gâchis : la destruction de notre planète ; qui débattaient et étaient preneur de toutes les expériences et réflexions des autres ; à qui j'ai beaucoup donné et auprès de qui j'ai aussi beaucoup appris. Des gens tellement différent de ceux que je côtoyais tous les jours. Je me suis sentie revivre, de nouveau utile. Cela m'a sauvé d'une dépression certaine. Merci à tous, en particulier aux membres de LTT et aux inspirées qui se reconnaîtront .

Puis j'ai créé ce blog pour rassembler en un seul lieu tout ce que je disais sur ces forums. Mais aussi pour toucher plus de gens, écrire et me donner une carte de visite +/- professionnelle me permettant de renouer avec la protection de l'environnement. Il est devenu en très peu de temps la principale raison qui me faisait me lever le matin (à l'époque je n'avais internet qu'au boulot). Je faisais enfin quelque chose qui tenait la route et était en accord avec ce que j'étais. Il m'apportait de la satisfaction, me faisait avancer, me permettait de continuer à apprendre, de partager, d'échanger et de faire de belles rencontres.

Le revers de la médaille c'est que je suis devenue (encore plus) hyperactive : consacrant tous mes temps libres (ou pas libres d'ailleurs) à chercher, à m'informer, à écrire, à réfléchir, à répondre à tous... tout en faisant toujours mon boulot (de moins en moins bien il faut l'avouer mais j'ai été, presque jusqu'à la fin, la seule à le voir). J'ai fini par être arrêtée pour épuisement nerveux. C'est là que j'ai pris ma décision et que j'ai commencé à planifier mon départ.

Oser croire en ses rêves

Car le plaisir que j'avais à faire ce blog, son succès, pas toujours évident à comprendre et à gérer d'ailleurs, celui du livret (merci encore à l'équipe du Grand Ménage ), m'ont donné la force de croire en mes projets, aussi casse-gueule soient-ils.

Et il y a 6 mois, je quittais enfin mon boulot pour tenter de devenir journaliste/rédactrice/auteure indépendante ! Si si ! En gros je fais un peu la même chose que sur ce blog, sur les mêmes sujets +/-, mais je suis payée pour (enfin pas toujours) ! Et je me sens mieux, tellement mieux ! Vous qui me remerciez régulièrement pour ce que je fais ici, vous ne vous rendez pas compte à quel point c'est vous qu'il faut remercier

Oh j'ai encore beaucoup de chemin à parcourir ! Mon ancien boulot a laissé des traces et ce métier est loin d'être facile (du moins si on veut en vivre). Je ne sais pas encore vraiment si ça va marcher ou pas (en tout cas pour l'instant ça marche mieux que je l'espérais), mais je sais que quoiqu'il arrive j'ai pris la bonne décision. Et j'ai l'intention d'appliquer la même recette que celle de mes études, qui m'a si bien réussie : toucher à tout ce qui m'intéresse (pour vous donner une idée en plus de la biologie, j'ai fait des spécialisations universitaires, des formations professionnelles, j'ai suivi des cours en élève libre etc. dans des domaines aussi diverses que la gestion de la faune sauvage, la gestion des écosystèmes tropicaux,  la médecine vétérinaire, les sciences de l'information, l'édition, l'informatique et le multimédia et même la couture !).

Je me sens en effet complètement libre d'accepter des petits boulots précaires du moment qu'ils me plaisent. C'est comme cela que j'ai donné un coup de main au mois de décembre dans mon magasin de BD préféré et que je m'y suis amusée comme une folle. Aucun rapport avec l'écologie je sais... mais je suis bédéphile. Les petits boulots dans les associations écolo (ou pas d'ailleurs) me seront aussi bientôt accessibles. Et le bénévolat me tend les bras. Parallèlement je suis en cours du soir une formation de 2 ans en herboristerie. Pour le plaisir d'apprendre d'une part, pour avoir une corde de plus à mon arc "au cas où" d'autre part et, pourquoi pas, renouer avec la recherche plus tard.

Enfin, j'essaye de prendre un peu de temps pour moi, pour reposer ma tête, apprendre à me détendre et m'occuper de mes problèmes de santé. Au bout de 6 mois je dois me rendre compte que ce n'est pas gagné, je fonctionne comme ça depuis trop longtemps, je n'ai pas encore récupéré de mes années de boulot et je suis trop souvent épuisée !!! Mais le plus important est que je suis enfin en paix avec moi-même, je ris de nouveau, je m'énerve presque plus, je me sens presque libre (on ne l'est jamais totalement), je vois l'avenir avec sérénité, je suis bien : un monde de différence ! Et pour mes proches cela n'a pas de prix.

...

Je raconte ma vie, mais il me semblait important de partager cette expérience. Le nombre de gens qui détestent leur boulot est affolant et, à mon avis, même supérieur à ceux qui n'en ont pas. Je sais que beaucoup se sentent coincés parce qu'ils ont des enfants notamment, ce qui n'est pas mon cas. Mais si j'en avais eu j'aurais probablement fait exactement la même chose... L'argent n'est pas tout et je puis vous assurer que dans l'état dans lequel j'étais, je n'aurais certainement pas été une bonne mère (aigrie, blasée et malheureuse), pire je les aurais probablement, consciemment ou non, considérés comme responsables. J'ai toujours vécu avec beaucoup, beaucoup moins d'argent que j'en ai gagné pendant ces 6 ans 1/2 (et même moins que ce que je gagne maintenant), je n'ai jamais été si malheureuse.

Je ne dis pas que c'est toujours simple, ni même toujours souhaitable. Tout dépend de chacun. Et il faut toujours bien y réfléchir, essayer de penser à tout et tout mettre en place pour que cela se passe le mieux possible. Le soutien des proches est aussi fondamental. Et une vie écolo - très économique - indispensable. Mais à tous ceux qui hésitent, je veux dire : OSEZ VOS REVES.

Et le blog ?

Paradoxalement, il y a une chose que je regrette. Vous vous en êtes certainement rendu compte : je n'ai plus beaucoup de temps pour le blog ou les forums, parce que je travaille en fait plus que quand j'étais salariée, que la fréquentation de ce blog est pour l'instant toujours croissante (et donc le nombre de commentaires et d'emails aussi), et - c'est terrible à dire pour moi - le temps que je consacre au blog ne fait pas rentrer d'argent, donc je culpabilise ! Pire : des journalistes et des auteurs reprennent mes idées, mes recettes, voire mes textes (oui j'ai été plagiée), pour - eux - gagner de l'argent avec. Lapounet m'avait prévenu que ça arriverait. Cela m'est en partie égal, l'important pour moi est que tout cela soit accessible au plus grand nombre gratuitement et si cela se diffuse tant mieux !

Mais je dois rester réaliste... il faut que je m'organise différemment et même que j'envisage ce blog autrement. D'autant qu'ils en existent bien d'autres maintenant sur des sujets similaires. Une chose est sûre : je ne le lâcherai pas tant qu'il me semblera utile (à la planète et à la diffusion des idées que je crois être justes) et il restera gratuit. Je lui dois trop, je vous dois trop.

Bref je suis en pleine réflexion et il me semblait nécessaire de vous l'expliquer, voire de vous y associer. Ce blog ne m'appartient plus totalement depuis longtemps, même si j'ai le pouvoir suprême de le supprimer du jour au lendemain

Là pour le coup je me suis achement étalée... Merci à ceux qui m'auront lu jusqu'au bout !

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