Machines de vote électroniques : la fin de la démocratie ?
Par Raffa le 07/02/2007, 00:00 - Informatique et libertés - Lien permanent
Matthieu Weber (que vous pouvez croiser régulièrement dans les commentaires) s'interroge sur les machines de votes électroniques mises en place dans plusieurs pays, dont la France (on se souvient des problèmes liés à l'utilisation de ces machines lors des élections américaines). Un million d'électeurs français utiliseront ces machines en 2007.
Machines de vote électroniques : la fin de la démocratie ?
La démocratie se définit par le pouvoir aux mains du peuple. Même si la démocratie moderne ne ressemble plus guère à celle d'Athènes dans l'antiquité, le principe fondamental reste le même. Le peuple prend donc des décisions en votant, et il est évidemment essentiel que le résultat du vote soit une représentation fidèle des choix exprimés par les votants, c'est à dire qu'il n'y ait pas de fraude durant le comptage des suffrages.
Le mécanisme de vote consistant à placer dans une urne des bulletins en papier qui sont ensuite comptabilisés est extrêmement simple à comprendre et à surveiller. Il suffit en effet de savoir lire et compter pour prendre part au dépouillement, donc n'importe quel citoyen peut surveiller le dépouillement et s'assurer de visu qu'il n'y a pas de fraude.
Le vote à bulletins de papier est cependant long à comptabiliser, et depuis la fin du XIXè siècle certains pays utilisent des machines de vote qui comptabilisent les votes automatiquement. On peut distinguer deux types de machines de vote : celles qui utilisent un bulletin (typiquement une carte perforée) et celles qui comptabilisent directement les votes. Les premières conservent une trace des votes qui ont été effectués, tout comme dans le cas du vote manuel, mais les autres ne laissent aucune trace, donc toute vérification ultérieure est impossible.
Les premières machines de vote étaient mécaniques, mais les machines modernes (depuis le milieu des années 1990) sont informatisée, ce qui semble être une évolution logique, les machines mécaniques n'étant plus fabriquées. Il y a cependant une différence fondamentale entre une machine mécanique et une machine électronique : les machines mécaniques peuvent fonctionner avec leur capot ouvert (c'est une obligation légale dans certains états des États-Unis), ce qui permet à tous d'en observer le fonctionnment, de voir les compteurs tourner et prendre en compte les votes. Certes, comprendre la mécanique est plus complexe que de savoir simplement lire et écrire, mais cela reste un phénomène qui est facilement observable par tout un chacun.
Dans le cas de machines électroniques, la personne qui vote ne peut pas surveiller le fonctionnement interne de la machine. La machine peut afficher sur un écran ce que le votant a choisi, et livrer au responsable du bureau de vote un total tout à fait fantaisiste, sans que le responsable ne se doute de quoi que ce soit. Il est donc impossible pour le votant de faire confiance à une machine de vote électronique, et encore plus impossible pour le citoyen lambda d'en vérifier le bon fonctionnement. Même pour un professionnel de l'informatique, il n'est pas possible de s'assurer à 100% que le programme qui fait fonctionner une machine de vote électronique va faire effectivement ce qu'on attend de lui. Étant donné que les machines électroniques ne gardent pas de trace papier du suffrage, il n'y a aucun moyen de recompter après coup en cas de contestation.
La tendance actuelle, initiée aux États-Unis, à utiliser de plus en plus de machines de vote électronique, s'est étendue à l'Europe, et de nombreuses municipalités françaises se sont déjà équipées ou sont sur le point de le faire.
La grande question est donc la suivante : peut-on encore faire confiance au système de vote si personne ne peut s'assurer dans la pratique que le scrutin ne sera pas trafiqué ? Et par corollaire, on peut se demander si le peuple dispose encore d'un quelconque pouvoir si son choix exprimé par le vote peut être trafiqué sans que personne ne s'en rende compte ?
Pour davantage de renseignements : http://recul-democratique.org/
(c) Europa
Les droits d'auteur s'appliquent à toute oeuvre de l'esprit, quels qu'en soient le genre, la formed'expression, le mérite ou la destination. Tout lecteur de ce blog doit en respecter les droits de propriété intellectuelle. Il doit notamment veiller à ne pas reproduire et diffuser les articles et contributions publiées sur ce blog sur d?autres blogs, forums ou d?autres supports sans l?accord de leurs auteurs. Tout lecteur peut néanmoins reproduire le contenu de ce blog à des fins de consultations privées ou reproduire et diffuser de courts extraits d?un articles ou d'un message, à des fins d?information ou de recherches, en citant « Raffa'sblog, le grand ménage. http://raffa.grandmenage.info » et l'auteur (nom réel ou pseudo) de l'article ou du message.
Déni de responsabilité : Les articles de ce blog résultent en général de la compilation d'informations en provenance de plusieurs sources et d'expériences personnelles. Dans la mesure du possible, ils tentent de compiler une documentation exhaustive dont les sources sont citées. Toute personne mettant en application ces renseignements le fait à ses propres risques. Raffa's blog n'assume aucune responsabilité des dommages susceptibles de résulter de l'usage de ces renseignemens. En particulier toute décision concernant un traitement médical devrait toujours se prendre en consultation avec un professionnel de la santé qualifié.







Commentaires
Dépouiller les bulletins de vote ou assister au dépouillement dans un bureau, c'était pour moi le seul moment où je voyais la 'démocratie en train de se faire'. C'était du concret, du pratique, les mains dans le cambouis. C'était aussi une sorte de communion de toutes les personnes présentes, retenant leur souffle, approuvant la manière dont se passait la cérémonie.
C'est triste.
Quant à l'obligation légale du vote, comme l'indique Raffa, ça ne change probablement rien à la situation politique de la Belgique par exemple : tant que le vote blanc n'est pas pris en compte, forcer les abstentionistes à voter (blanc) revient à pisser dans un violon. D'un autre coté, lorsque la majorité votes blanc, qu'est-ce qu'on fait en pratique ? (sachant que laisser les postes vaquants en attendant d'autres élections n'est pas une solution viable).
L'abstentionisme - plus que le vote blanc - doit rester un signal envers les politiques !!
Le droit de vote est un droit, pas un devoir encore moins une contrainte. Il est un devoir civique pour ceux qui le considère comme tel mais ne doit pas être juridiquement une obligation. L'éducation civique est bien plus importante à mon sens. Imposer le vote n'empêche d'ailleurs pas les extrémistes de grimper comme nous le prouve la moitié Nord de la Belgique à chaque élection (plus de 20% pour le Vlams Belang, parti d'extrème droite bien plus dangereux que le front national).
ET tant pi pour ceux que cela choque.
-le manque de transparence du financement ou le financement privé des campagnes electorales (le plus riche l'emporte en pub)
-le vote non-obligatoire (ce qui revient presque à un vote des classes les plus privilégiées)
Ensuite, on pourrait parler du vote electronique...
Guendolinette, je ne savais pas qu'on payait les gens pour faire le dépouillement ! Il y a quelques années j'ai été stagiaire en mairie (job d'été qui consistait à compter des enveloppes, des stylos, faire des photocopies, et compter le nombre de panneaux pubicitaires dans la commune) et il y a eu une année où on m'a demandé de faire partie du personnel de vote ('a voté !') et du dépouillement. Je pensais que les gens le faisaient de bonne volonté, en tout cas c'était mon cas !
Florcita.
Ya pas que ça, avec ces machines, le résultat est connu immédiatement à la fin du dernier vote. Pas besoin de dépouiller, donc pas besoin de faaire rester dans gens pour compter, donc pas besoin de la payer, elections qui coûtent moins cher, ect...
Mais bien d'accord avec Meurome, ça peut favoriser comme anéantir la démocratie en fonction des intentions de son utilisateur.
Et vu les loulous qu'on a, pô vraiment confiance.
En France (et tout au moins en Finlande ailleurs je ne sais pas), la machine à voter ne s'impose pas parce qu'on vote assez peu et pour une seule chose à la fois. Mais il est dans l'air du temps de mettre des ordinateurs partout, et cela permettrait d'obtenir les résultats du vote quasiment immédiatement après la fermeture des derniers bureaux de vote. Pourquoi on ne peut pas attendre quelques heures pour savoir qui sera le prochain président, j'en sais rien. Les gens sont plus pressés, ils veulent tout tout de suite. Et les marchands de machines de vote veulent vendre leurs produits, évidemment.
Le vote est un système qui fonctionne seulement parce que les votants font confiance au système. Et ils font confiance parce que ce système est facilement vérifiable. Avec les machines de vote électroniques, on ne peut plus faire confiance (ou alors une confiance aveugle dans l'État, ce qui n'est plus très à la mode en ce moment). En d'autres termes, les citoyens contrôlent l'État par le vote. Avec les machines de vote, c'est l'État qui se contrôle lui-même et les citoyens deviennent alors des marionettes.
Donc, c'est peut-être plus froid, mais ça peut aussi bien être la fin de la démocratie que le véritable début de celle-ci, si c'est bien utilisé.
http://recul-democratique.org/Detournement-d-ordinateur-de-vote.html
Mais ne vous en faites pas, il me semble qu'en France c'est le Ministère de l'Intérieur qui a la charge de la surveillance des machines de vote quand elles ne sont pas utilisées. Aucun risque qu'elles ne soient trafiquées. (Voir ce lien si certains ne comprennent pas).
Une équipe de scientifiques de Princeton (Université du New Jersey, figurant parmi les meilleures des Etats-Unis) s'est procuré une machine de vote électronique Accuvote TS de la marque Diebold, alors que tous les fabricants ont toujours refusé de soumettre leurs MVE (machines de vote électroniques) à des tests effectués par un organisme indépendant. L'équipe de Princeton, dirigée par le professeur en sciences informatiques Edward W. Felten, a découvert qu'un programme conçu par leurs soins pour voler des votes peut être installé sur la machine en moins d'une minute par quiconque ayant accès à la machine ou à sa carte mémoire. Ce programme peut contaminer d'autres machines via leur carte mémoire sans être détecté. Ces scientifiques ont également créé un programme qui fait bugger la machine et efface de sa mémoire tous les votes qui y sont enregistrés.
Diebold (le concepteur et producteur de la MVE) a déclaré que les affirmations des scientifiques de Princeton sont sans fondement et qu'aucun code étranger ne peut être inséré dans la machine.
Pour contrecarrer ce type de problème, l'impression d'un papier (comme un reçu de carte bleue) est un minimum. Or, un député du New Jersey a déposé une proposition de loi dans ce sens en 2003. Bien que cette proposition soit soutenue par une majorité absolue des représentants (c'est comme ça qu'on appelle les députés aux USA), le président de l'Assemblée (un Républicain of course) n'a pas jugé bon qu'elle soit examinée et soumise au vote.
Source : magazine Yes, numéro 40, winter 2007
Le texte complet du rapport de Princeton est consultable en ligne à www.yesmagazine.org/princeton
Si, si, les gens sont bien payés en France, pour tenir les bureaux de vote (être président du bureau p. ex.). Dans ma ville ce sont des employés municipaux volontaires, recrutés chez ceux qui gagnent le moins parce que ça leur fait un petit bonus (c'est gentil, hein :p ?).
Mais personne n'est payé pour dépouiller, non.
Je n’avais pas vu cet article… Je confirme le côté sympa et gratos des dépouillements. Matthieu, j’adore ton dernier lien, surtout quand on sait que notre ministre de l’intérieur prévoit de rester en poste jusque fin mars…!
http://www.betapolitique.fr/spip.php?article0555
Machine à voter machine à frauder
http://www.youtube.com/watch?v=kTeeDmQRm9Y&eurl
Attention, le vote électronique continue à s'étendre. Il y a toujours des ordinateurs de vote dans de nombreuses villes (Le Mans, Le Havre, Brest, Mulhouse, etc. ). Le vote par internet a été utilisé pour les prud'hommes à Paris, il a été imposé pour l'élection des membres du conseil de l'ordre des infirmiers, il est autorisé pour les élections des représentants des CE dans les entreprises, il va l'être pour des élections politiques pour élire les membres du Conseil Supérieur des Français de l'Etranger (qui ensuite élit 12 sénateurs).
Restons vigilants.
Signer et FAIRE SIGNER la pétition nationale pour le maintien du vote papier (déjà plus de cent mille signatures), c'est important !
http://www.ordinateurs-de-vote.org/...