Où en est la recherche médicale sur les huiles essentielles (HE). Sont-elles testées comme les médicaments du point de vue de leur efficacité et de leur toxicité ?

  • A.B. Les plantes, en tout ou en partie, ne peuvent être brevetées. Le statut de médicament ne les concerne donc pas. L'industrie pharmaceutique se contente d'en extraire le principe actif qui l'intéresse, de le reproduire, éventuellement de le modifier et enfin de breveter la molécule obtenue au titre de "médicament". Cette molécule sera plus simple et mieux ciblée, mais aussi beaucoup plus concentrée et susceptible de générer des effets secondaires importants. Les HE sont abondamment testées depuis René Gattefossé, chimiste français créateur du terme "aromathérapie", et par tous les tenants de l'école dite "française", c'est-à-dire celle qui envisage l'HE comme un médicament naturel. Mais pour les tester comme des médicaments, il faudrait que les HE soient aussi simples (et donc prévisibles) que les médicaments au sens strict.
  • P.D. Très peu d'essais cliniques du type « médicament » sont menés avec des préparations contenant des huiles essentielles, et ceci pour plusieurs raisons. Les HE n'ont pas de statut légal au niveau européen. Elles ne font donc pas l'objet de procédures précises de mise sur le marché. Une HE est formée de dizaines de molécules différentes, et non d'une seule comme les médicaments. Il est impossible d'étudier le devenir de ces dizaines de molécules de la même manière. Quand bien même la technique existerait, les coûts de ces études seraient exorbitants pour les petits producteurs. Il devient indispensable de légiférer sur le statut des huiles essentielles en les considérant dans leur ensemble, et non comme une somme de dizaines de molécules, pour envisager le développement de test clinique et toxicologique.

Dès lors, peut-on affirmer qu'elles sont efficaces, et même préférables dans certains cas, aux médicaments allopathiques ?

  • P.D. Cela ne fait aucun doute dans certaines conditions bien précises. Nous connaissons par exemple le mode d'action antiviral des huiles essentielles et nous avons des guérisons cliniques notablement meilleures qu'avec tous les produits chimiques actuellement disponibles. Un autre exemple, la lutte contre les ectoparasites (poux, acariens...) pour laquelle les huiles essentielles sont redoutables d'efficacité, sans pour autant induire de résistance. Ou encore la lutte contre les fongi en général (Candida albicans, Trychophyton...), la lutte contre les bactéries multi-résistantes aux antibiotiques, etc. Il reste néanmoins un vaste panel d'affections de santé pour lesquels le recours à des thérapies classiques est nécessaire. Mais les huiles essentielles s'avèrent de précieuses alliées complémentaires pour accélérer la guérison ou pour prendre soin d'organes sensibles comme le foie ou les reins par exemple.

Peut-on utiliser les HE par voie interne, cutanée ou en diffusion lorsqu'on est enceinte ou allaitante ?

  • AB. et P.D. En diffusion, oui, à condition de choisir parmi les HE reconnues sans risques et à des concentrations raisonnables.

    Par la peau ou par voie interne, les femmes enceintes doivent proscrire totalement l'utilisation des HE durant les trois premiers mois de la grossesse .

    Ensuite, il faut limiter le recours aux huiles essentielles et privilégier les produits finis spécialement étudiés pour le public des femmes enceintes ou allaitantes.

    Les huiles essentielles riches en cétones (neurotoxiques à hautes doses), phénols (molécules anti-infectieuses puissantes mais irritantes, comme le carvacrol de l'origan ou le thymol du thym...) ou en aldéhydes doivent être évitées systématiquement pendant la grossesse et toute la durée de l'allaitement. Eviter tout particulièrement la sauge officinale, la menthe poivrée, le cèdre de l'Atlas, le romarin officinal, le thym... Prudence aussi avec les HE à éthers comme celles de basilic ou d'estragon...

Quels seraient les risques pour le développement de l'enfant ?

  • P.D. Les huiles essentielles sont très lipophiles (elles se diluent dans les corps gras). Dès lors, les risques d'aboutir dans les tissus fœtaux en développement ne sont pas nuls, même s'ils sont très faibles ! Pour les femmes allaitantes, le même raisonnement peut se tenir, car le lait maternel (assez gras) a tendance à récolter les éléments aromatiques. Donc les mêmes précautions sont de mise, avec quelques adaptations particulières, vu que le bébé n'est plus intimement lié au corps de la maman.

    Les risques ont trait aux profils toxicologiques des huiles essentielles, et notamment au caractère neurotoxique de certaines molécules comme les cétones terpéniques. Ces dernières sont de très bons lipolytiques (elles détruisent les graisses), et - après ingestion ou application cutanée très régulière - peuvent éroder la gaine de myéline qui protège nos cellules nerveuses, amenant donc à leur dégradation. Par contre, si certaines huiles essentielles se montrent bien toxiques pour les cellules (et c'est heureux, car c'est la condition pour cibler certains types cellulaires comme les cellules cancéreuses), il semble qu'elles ne soient pas toxiques pour l'ADN, et même qu'elles révèlent une action protectrice en freinant l'action de substances qui sont à l'origine du développement de maladies par modification ou altération du matériel génétique de nos cellules.

Et qu'en est-il des des cosmétiques ou des produits d'entretien en contenant ?

  • A.B. C'est a priori sans danger, mais il faut savoir que les meilleurs HE pour la peau sont celles qui contiennent des cétones. Les femmes enceintes tâcheront de les éviter.

Finalement, quelles sont les HE considérées comme sans danger pour la femme enceinte ou allaitante ?

  • P.D. Tout dépend de la dose, de la qualité de l'huile essentielle choisie et du mode d'administration. Les huiles essentielles doivent être dénuées de toxicité (on peut s'informer sur ce point en téléphonant à la société qui les distribue par exemple), et impérativement diluées dans une ou des huiles végétales de haute qualité (vierge, bio) en ne dépassant jamais les 3 à 4 % d'huiles essentielles dans ces préparations.
  • A.B. et P.D. A partir du 3ème mois de grossesse, les HE à dominante de monoterpénols, de monoterpènes et d'esters peuvent être utilisées : lavande fine, néroli, zeste de citron, petit grain bigarade, palmarosa, bois de rose, eucalyptus radié, thym doux à linalol, ravintsara, niaouli, tea tree sont des huiles avec un profil très sûr, en diffusion ou en onction.

Certaines de ces HE peuvent-elles aider pendant la grossesse (relaxation, nausée, etc.) ou l'accouchement ?

  • A.B. La lavande fine favorise l'équilibre nerveux. Le basilic et la menthe poivrée luttent efficacement contre les nausées, mais leur emploi est déconseillé (HE à éthers). Dans ce but, seule l'essence de citron pourra être envisagée. De plus en plus de sages-femmes font préparer des huiles de massage à base d'HE de girofle afin de favoriser l'accouchement. Dans les cas de dépression post-natale, on peut utiliser des huiles de massage à base de rose ou de ciste.
  • P.D. Certaines huiles possèdent un profil psycho-actif extrêmement intéressant, et donc utile pour la femme en phase d'accouchement. Mais ici encore, le choix et les proportions de ces huiles requièrent de la maîtrise et de l'expertise. Il existe des produits finis spécialement conçus pour privilégier le bien-être et la recherche d'équilibre propices à cette période, à base d'huiles essentielles nobles (néroli, rose de damas, laurier noble, camomille noble...)

N.B. Dans tous les cas, pas d'auto-médication lorsque l'on est enceinte ou allaitante.

Propos recueillis par Raffa

Cet entretien a été publié dans le bimestriel Grandir Autrement (n°4).
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En résumé

Pas d'HE pendant les 3 premiers mois de la grossesse, sous aucune forme (diffusion éventuelle possible selon les HE :  se renseigner !)

A partir de 3 mois,

  • proscrire toutes les HE à cétones, phénols et aldéhydes (y compris cosmétiques)
  • réserver l'usage thérapeuthique des HE à des besoins précis, de courte durée
  • ne jamais dépasser 3 à 4% d'HE diluées dans de l'huile végétale pour l'application cutanée d'huiles essentielles autorisées
  • éviter la voie orale (toujours consulter un médecin dans ce cas)
  • préférer les produits finis conçu pour les femmes enceintes/allaitantes (HE bien sélectionnées et dosages appropriés)
HE interdites

Liste non exhaustive :
  • Strictement interdites :  ail,  Anis (Pimpinella anisum),armoise et absinthe (Artemisia spp), badiane, Basilic (Ocimum basilicum), Camomilles (Chamaemelum nobile (syn. Anthemis nobilis)), Canelles (Cinnamomum ), carvi (Carum carvi),Cèdres (Cedrus spp.), Chénopode (Chenopodium ambrosioïdes), Coriandre (Coriandrum sativum), Citronnelle (Cymbopogon citratus (syn. Andropogon citratus)), Cumin (Cumimum cyminum),Cyprès (Cupressus sempervirens), estragon (Artemisia dracunculus), Eucalyptus mentholé (Eucalyptus dives),Eucalyptus à cryptone (Eucalyptus polybractea CT cryptone), Fenouil (Foeniculum vulgare ssp. dulce), Genévrier (Juniperus communis), Girofle (Eugenia caryophyllus), Hélicryses (Helichrysum italicum ssp. serotinum), Hysope (Hyssopus officinalis), Jasmin (Jasminum officinale (syn. Jasminum grandiflorum)), Lavandes (Lavandula stoechas, Lavandula spica),  Mandarine ( Citrus reticulata), Marjolaine ( Origanum majorana), Mélisse ( Melissa officinalis ssp.officinalis citralifera), Menthe poivrée (Mentha x piperita), Menthe pouillot (Mentha pulegium) Menthe verte ( Mentha spicata), moutarde noire, Myrrhes (Myrtus spp), oignons ( Allium cepa) Origan (Origanum compactum), palmarosa (Cymbopognon martinii), petit grain mandarinier,  Persils ( Petroselinum spp), Romarin (Rosmarinus officinalis CT verbénone), Sarriettes ( Satureja spp), Sauge (Salvia spp), thym à thymol, , Verveine ( Lippia citriodora)
    [ à partir de plusieurs sources dont  les sage-femmes de Syl]
  • Déconseillées : eucalyptus citronné, litsée citronnée (Litsea cubeba), lemongrass, achillée millefeuille, laurier noble, ciste, zestes d’agrumes, aneth odorant, livèche, céleri, ...
Risques
  • abortif
  • perturbation hormonale
  • transmission au foetus de molécules toxiques

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Attention Les huiles essentielles (HE) sont des susbtances hautement actives et donc potentiellement dangereuses : pas d'huiles essentielles pour les enfants de moins de 3 ans, les femmes enceintes/allaitantes et les personnes atteintes de pathologies particulières sans avis médical ; bien choisir la marque, l'espèce, le chémotype, la partie de la plante utilisée, voire même le lieux de récoltes (voir sur Biorespect) ;  toujours vérifier les précautions d'utilisation, qui ne sont pas indiquées sur les flacons (voir aussi sur Nature helps, chez Blue, ou sur le forum Antimythe naturel) !!! Il existe de nombreux livres sur le sujet, informez-vous !

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