Première partie : Définir le bio et ses labels

Manger bio, s'habiller bio, se laver bio, nettoyer bio, habiter bio, vivre bio... Brandit comme un étendard par tous ceux qui surfent sur la vague récente de l'écologie, la protection de l'environnement ou l'alter-consommation, le ou la « bio » - devenu élément marketing, mode de consommation et mode de vie -  se conjugue à toutes les sauces. A tel point, qu'il ne voudra bientôt plus dire grand chose. Pour beaucoup déjà, écologique, naturel et bio sont synonymes. Or un produit labellisé bio peut ne pas être écologique (des salades bio d'Afrique du Sud surrembalées par exemple). Un produit naturel peut avoir été transformé par l'homme et n'être ni bio, ni écologique. Un produit écologique est rarement bio, il peut être issu de l'industrie chimique, et ne pas être nécessairement si écologique que ça. Et tous peuvent représenter un danger pour l'homme (ne serait-ce qu'une allergie) ou l'environnement.

Avant de parler des avantages (ou non) du bio, il me semble donc nécessaire de replacer l'église au milieu du village.

Définition et origines

Un produit bio est un produit agricole, animal ou végétal, issu de l'agriculture biologique.

  • Cela concerne donc la nourriture, certaines boissons, les tisanes et épices, la phytothérapie, les matières premières textiles, les fleurs, les plantes, les semences et certains produits d'origine vététale pour le jardin ou l'agriculture, quelques matériaux de construction d'origine végétale ou animale,  et quelques composants de base de certains produit d'entretien ou de cosmétique. That's all ! (bon j'en oublie peut-être ;) )

Méthodes traditionnelles et alternatives

L'agriculture biologique se démarque de l'agriculture conventionnelle industrielle notamment par le fait qu'elle proscrit totalement l'utilisation d'engrais, de pesticides, de médicaments et généralement de toutes substances chimiques de synthèse polluantes et d'OGM (en théorie). Biologique s'oppose à chimique en théorie toujours.

L'agriculture bio assure la fertilité des sols et la protection des cultures par des méthodes ancestrales (utilisation de compost et de fumier, diversité des espèces cultivées et élevées, jachères, rotation des cultures, etc.) associées à de nouvelles techniques de pointe respectueuses de l'environnement. Elle interdit également l'élevage hors-sol et les conditions d'élevage industrielles. L'animal fait en effet partie intégrante du système (il mange bio et il fertilise les sols) et doit être respecté en tant qu'être vivant sensible (espace vital, accès aux espaces de plein air, pas de mutilations, respect des besoins sociaux...). Les conditions d'abatages sont également réglementées.

Une vraie philosophie

Le concept de l'agriculture biologique date du début du 20ème siècle. Ses acteurs ont commencé à s'organiser et à mettre au point des cahiers des charges dans les années 50-60, en réaction au développement de l'agroindustrie (qui fournit maintenant l'essentiel de l'alimentation occidentale). La Soil Association en Angleterre, Demeter et Nature et Progrès sont issus de ce mouvement (voir labels ci-dessous).

Il est important de comprendre que ces premiers  producteurs, distributeurs et consommateurs bio voulaient

  • se démarquer de la course à la productivité agricole, de la pollution chimique, de l'artificialisation et de l'industrialisation de l'agriculture ;
  • protéger l'environnement, les sols, la biodiversité et l'agriculture traditionnelle (en particuliers les espèces et variétés anciennes ou oubliées et les méthodes agriculturales respectueuses)
  • le retour à une alimentation saine ;
  • développer le lien social et les emplois locaux ;
  • favoriser les circuits courts (production près du lieu de consommation) afin de limiter le recours aux produits agro-industriels, les conditionnements et les transports inutiles.

De nombreux producteurs et consommateurs bio (dont je suis) partagent encore ces valeurs et pour eux le bio ne peut pas ne pas tenir compte de toutes ces dimensions. C'est de cette agriculture là dont je parlerai dans la suite de ce dossier car il n'y a pas d'autres agricultures bio pour moi.

Certification

Des réglements officiels nationaux puis européens sont ensuite apparus dans les années 80-90. L'agriculture bio doit donc désormais répondre AU MOINS  (j'insiste, c'est bien un minimum) au cahier des charges européen et national

  • --> Des produits de base
    Un produit bio est donc plus précisément un produit issu de l'agriculture biologique ET ayant reçu une certification, par un organisme indépendant agréé (Ecocert, QNPC, AFAQ, Qualité-France, Agrocert, Certipaq, Aclave, Blik-integra... ), garantissant au consommateur, par l'apposition d'un logo (« AB » en France, « Biogarantie » en Belgique etc.), le respect de la réglementation officielle de l'agriculture biologique.
  • --> Des produits transformés
    Les produits transformés contenant au moins 95 %
    d'ingrédients issus d'un mode de production agricole biologique peuventt également avoir droit à la certification bio.
    Si les ingrédients bio représentent plus de 70%, il peut être indiqué 'x% des ingrédients agricoles ont été obtenus suivant la méthode de production biologique' (mais le produit ne peut être qualifié de Bio). 
Cette reconnaissance officielle de l'agriculture biologique est à la fois une très bonne chose (clarification des différents courants, développement du secteur et donc des surfaces agricoles cultivées sans pesticides, respect du bien-être animal, démocratisation) et une source de nombreuses dérives (nivellement par le bas des exigences, récupération du concept 'bio' par l'industrie et la grande distribution, perte du lien social producteurs-(distributeurs)-consommateurs, produits transformés 'bio' contenant des ingrédients industriels et/ou de synthèse douteux, écologie pas toujours au rendez-vous etc.) Comme vous le savez  depuis peu, ce cahier des charges sera plus laxiste encore sur certains points en 2009.

Labels

Quand un produit a été certifié, il peut afficher le ou les logos correspondant, en plus du numéro de certification (qui est obligatoire). Par exemple :

 

Logo   

Label officiel européen (public)
  • au moins 95% d'ingrédients produits selon la réglementation européenne du mode de production biologique (voir site officiel) -
  • ont été soumis pendant tout le processus de production et de préparation aux contrôles;
  • sont vendus directement dans des emballages scellés ou sont mis sur le marché en tant que denrées alimentaires préemballées; (pas de vrac possible donc)
  • En 2009 : la nouvelle réglementation européenne enterrera définitivement les principes fondamentaux du bio pour se rapprocher de ceux de l'agricuture raisonnée (qui n'est qu'une agricuture agroindustrielle à peine light). Les produits pourront contenir jusqu'à 0.9% d'OGM involontaire, des pesticides pourront être utilisés sur dérogation. Le terme biologique pourra être utilisé à partir de 5% d'ingrédients bio.
>>> Site officiel
>>> Explication de la réglementation actuelle

Mon avis

  • le strict minimum, de nombreuses dérives sont possibles mais toujours mieux que rien
  • A surveiller régulièrement car les réglementations tendent à être assouplies [on vient de le voir]
  • attention aux produits industriels, transformés, rafinés, venant en tout ou en partie du bout du monde, suremballés
  • attention à ne pas financer des multinationales vendant des produits problématiques sous d'autres marques
  • n'évite donc pas d'apprendre à lire les étiquettes et à s'informer sur les marques
L Label officiel français (public)
  • contient au moins 95 % d'ingrédients d'origine agricole obtenus selon la réglementation française et européenne du mode de production biologique (en 2009 : européenne uniquement).
  • produit, préparé et/ou importé par un opérateur soumis au contrôle d'un organisme certificateur
  • totale traçabilité, auprès de tous les opérateurs concernés (producteurs, préparateurs, importateurs) en France, dans l'Union européenne ou les Pays tiers.
>>> Site officiel

Mon avis
  • Idem mais un peu plus restrictif dans certains domaines
L Marque collective belge faisant fonction de label officiel
  • contient au moins 95 % d'ingrédients d'origine agricole obtenus selon la réglementation belge et européenne du mode de production biologique. (en 2009 : ? car c'est une marque, non un label national).
  • Concerne les agriculteurs, les transformateurs, les distributeurs et les points de vente.
>>> Site officiel
>>> Cahier des charges

Mon avis
  • Idem (plus restrictif que l'européen)
biosuisse Label suisse (privé ? public ?)
  • Sous divers aspects, le cahier des charges Bio Suisse est plus sévère, plus complet (notamment dans le domaine de la transformation) et plus détaillé que la réglementation européenne.
  • Production biologique sur l'ensemble de l'exploitation (cycle fermé) et diversité naturelle sur la ferme
  • Elevage et affouragement particulièrement adaptés à l'espèce
  • Renoncement aux additifs inutiles tels qu'arômes ou colorants
  • Transformation douce des aliments
  • Contrôles réguliers indépendants de la culture et de la transformation
>>> Site officiel
>>> Cahier des charges

http://www.ecoglobe.org/nz/images/soilass.gif
  L L L
Il existe des centaines de certifications privées ou publiques dans le monde

Remarques :

  • Dans les pays ou les mots 'bio' et 'biologique' sont protégés, les produits qui utilisent ces termes sont bel et bien bio et peuvent ne pas avoir de logo : il n'est pas obligatoire (mais le code de certification oui). C'est pour cette raison qu'en Belgique les yahourt Bio de Danone s'appelle Activia depuis des lustres (alors qu'en France c'est très récent), ils n'avaient pas l'autorisation d'utiliser le mot Bio. Attention en 2009 le mot biologique pourra être utilisé si un ingrédient au moins est bio (en gros). Il faudra donc impérativement se fier au label ou au n° de certification, pas au mot biologique.
  • Certains producteurs bio (les apiculteurs en particulier) ne demandent pas forcément de certification, le coût de cette dernière étant à leur charge. Même s'ils sont de qualité biologique, leurs produits ne peuvent alors pas être vendus comme bio. Aucun label ne remplace le contact avec les producteurs !!!

Enfin il existe des labels (toujours certifiés par un organisme indépendant) qui vont beaucoup plus loin et qui, pour les purs et durs du bio dont je suis, sont les seuls à vraiment respecter la démarche bio dans sa globalité. Ils sont en général associés aux certifications précédentes (exemple un produit labellisé AB ET Nature et Progrès). Par exemple :


Label de l'association Nature et Progrès (producteurs ET consommateurs)

En plus du respect des critères de l'agriculture biologique :
  • diversification des productions (pas de monocultures)
  • exclusion de tous les produits chimiques sans exception
  • exclusion des OGM
  • tendre vers l'agro-sylvo-pastoralisme
  • au moins 5% de la surface agricole  doit rester sauvage
  • gestion de l'eau, de l'énergie, éco-construction
  • local et de saison
  • emballages écologiques et minimalistes
  • labellisation de l'exploitation entière et non de chaque produit
>>> Site officiel
>>> Cahier des charges

Mon avis

  • Très bon label, sans doute le meilleur.
  • Il n'est a priori pas menacé par la nouvelle réglementation européenne (en dehors de la concurence).


L

Label de l'association internationale Demeter (producteurs biodynamiques)

En plus du respect des critères de l'agriculture biologique :
  • respect des critères de l'agriculture biodynamique : fertilisation naturelle, respect des rythmes solaires et lunaires, rotation des cultures, respect des biotopes, respect des races adaptées au climat local, refus des OGM...),
  • Autonomie énergétique maximale des exploitations,
  • lien avec les citadins (ventes directe, stages dans les fermes...).
>>> Site officiel
>>> Cahier des charges

Mon avis

  • Bon label (quoiqu'on pense des principes de la biodynamie, les produits labelisés Démeter sont de très bonne qualité, très respecteux des gens, des bêtes et de l'environnement).
  • Il n'est a priori pas menacé par la nouvelle réglementation européenne (en dehors de la concurence).
L Label français privé (producteurs et PME)

En plus de la conformité à au moins un des règlements d'Agriculture Biologique reconnus au niveau international
  • contractualisation des engagements entre les entreprises opératrices et les producteurs ou organisations de producteurs et/ou les représentants des acteurs intermédiaires des filières,
  • prise en charge totale des coûts de certification biologique et de vérification commerce équitable (Bio Equitable) par les porteurs de projets (entreprises opératrices et/ou organisations de producteurs et/ou les institutions internationales) pour qu?en aucun cas ils ne soient supportés par les producteurs,
  • fourniture permanente par tous moyens, y compris financiers, d'appui technique, d'aide à l'encadrement, de formation à l'Agriculture Biologique et durable et au cahier des charges 'BIO EQUITABLE', de soutien à l'organisation, à la gestion et à l'activité de techniciens autochtones et ceci dans le respect des cultures et traditions locales,
  • pratique d'une politique commerciale de 'prix minimum garanti contractuel' permettant une juste rémunération s'inscrivant dans un objectif de rentabilité économique de l'activité de production,
  • engagements de garantie sur le respect des droits élémentaires et fondamentaux de la personne, sur le refus de l'exploitation des producteurs, le respect des droits sociaux du travail (repos hebdomadaire, hygiène, sécurité et santé) et de la protection des enfants dans le travail ...,
  • développement d'une agriculture durable et maintien du tissu rural local
>> Site officiel

Mon avis

  • Intéressant, à suivre
  • A préférer à Max Havelaart
  • Il n'est a priori pas menacé par la nouvelle réglementation européenne.

Concernant la nouvelle réglementation, je pense, comme Cerise (voir les commentaires de l'article en question), que si les actions que l'on va mener d'ici 2009 n'aboutissent pas, il vaudra mieux abandonner le terme biologique aux autorités officielles et développer et soutenir ces initiatives plus conforme à nos convictions. En gros, quasi retour à la case départ avec la satisfaction d'avoir tout de même amené l'agriculture biologique au coeur de l'opinion publique, puis de l'agroindustrie productiviste, et d'avoir redonné la passion du métier à de nombreux agriculteurs et distributeurs perdus dans ce système. C'est toujours ça de gagné ! Et puis, mine de rien, ce label biolight est tout de même largement mieux que l'agriculture non bio.

Pour rappel, je ne parle ici QUE des labels concernant l'agriculture biologique (pour les cosmétiques contenant des substances à base de plantes biologiques voir l'article concerné, pour les produits écologiques... attendre un futur article ;) ).

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