Maintenant que l'on a précisé qu'un produit bio est uniquement

  • un produit agricole cultivé selon des règles précises définissant l'agriculture biologique
  • ET ayant obtenu un label garantissant au consommateur le respect de ces règles,
voyons pourquoi il serait soit-disant meilleur de manger bio.

Échaudéspar les différents scandales sanitaires qui ont touché le monde agroalimentaire ces dernières décennies (on le serait à moins), beaucoup pensent, en effet, que consommer bio est meilleur pour la santé. Mais si l'agriculture bio a une obligation de moyens, elle n'a pas d'obligation de résultats, ni dans ses rendements, ni dans la qualité nutritionnelle des aliments qu'elle produit. Au-delà de l'effet de mode, il y a-t-il des raisons sérieuses de choisir la production bio plutôt que la conventionnelle ?

Expositions inquiétantes

Pesticides

Les pesticides sont des produits toxiques conçus pour tuer les espèces susceptibles de diminuer les rendements agricoles (insectes, champignons, nématodes, rongeurs, mauvaises herbes). Ils ciblent des processus vitaux et peuvent, même à faible dose, représenter un danger pour toutes les formes vivantes, y compris l'homme. Comme ils ne sont, en général, pas ou peu biodégradables, ils s'accumulent dans les tissus jusqu'à atteindre, en bout de chaîne alimentaire, des concentrations importantes. Les effets délétères de cette bioaccumulation de pesticides sur les populations de poissons et d'oiseaux sauvages ont été largement démontrés.

Chez l'homme, on soupçonne de plus en plus les pesticides d'être à l'origine de cancers, de perturber le développement de l'enfant, de dérégler le système immunitaire, nerveux, endocrinien et reproducteur. Même s'il est extrêmement complexe de prouver l'implication réelle des pesticides dans ces affections, de nombreuses études menées depuis les années 80 ont montré qu'on les retrouve dans l'organisme humain et qu'ils passent la barrière placentaire.

Il existe désormais un consensus pour limiter l'usage des pesticides et définir avec précision les risques qu'ils représentent et leurs teneurs acceptables dans les aliments. Sur ce point, toutes les études se rejoignent : même s'ils ne sont pas à l'abri des contaminations extérieures (pollution des nappes phréatiques ou des sols, particules en suspension dans l'air) les aliments bio sont pratiquement exempts de résidus de pesticides, au contraire des conventionnels. Ceci dit, ces derniers répondent à des normes strictes en la matière et leur teneur en pesticides est a priori infime et sans réel danger selon les experts.

Mais, d'après le professeur Belpomme, fondateur de l'Association pour la recherche thérapeutique anticancéreux (ARTAC), « les limites réglementaires en matière de résidus de pesticides ne protègent pas les gens contre les maladies. Ce n'est pas la dose qui fait le poison, mais la répétition d'une dose, même infiniment petite, tout au long d'une vie ». En France, 50 % des fruits et légumes conventionnels contiennent des résidus de pesticides et 6,5 % dépassent la limite maximale autorisée [1]. Pour certaines catégories de produit, ce pourcentage peut atteindre les 20 % ! D'autres part, 24 % des aliments analysés peuvent contenir jusqu'à 8 pesticides différents. Or nous n'avons absolument aucune idée des effets qui pourraient résulter des synergies entre plusieurs pesticides. Manger des aliments conventionnels nous expose donc relativement aux pesticides.

bebe

Les enfants en développement sont en première ligne. Déjà en 1993, le National Research Council américain annonçait que les résidus de pesticides présents dans les aliments étaient une source potentielle majeure d’exposition à des substances toxiques pour les nourrissons et les jeunes enfants[2]. Les bambins de 2 à 4 ans sont considérés comme le groupe le plus à risque car ils mangent beaucoup par rapport à leur masse corporelle, et principalement des fruits et légumes. Une enquête américaine, portant sur 20 millions d’enfants de moins de 5 ans, révélait qu’ils ingèrent, en moyenne, huit pesticides différents par jour, ce qui correspond à plus de 2 900 expositions (uniquement alimentaires) par an et par enfant[3]. Une étude de 2002 mettait en évidence, dans ce groupe d'âge, que les enfants nourris d'aliments biologiques, avaient 6 fois moins de résidus de pesticides organophosphorés dans le sang que leurs petits camarades qui mangent des produits issus de l'agriculture industrielle[4]. Des chercheurs américains ont aussi démontré récemment que si l'on retrouvait bien des résidus de ces pesticides dans les urines d'enfants de 3 à 11 ans consommant des aliments conventionnels, il n'en allait pas de même quand ils sont soumis à un régime bio[5].

Nitrates et autres contaminants

Un autre argument « santé » en faveur du bio concerne les nitrates, molécules susceptibles de provoquer des cancers et le syndrome des bébés bleus. Étant donné que l'agriculture biologique n'utilise pas d'engrais azotés de synthèse, mais uniquement des amendements naturels (fumier, compost,...), les produits bio contiennent moins de nitrates que les conventionnels. Or, d'une part nous sommes déjà exposés, via l'alimentation et l'eau de consommation, à des quantités de nitrates proche de la limite maximale autorisée, d'autre part les autorités sanitaires nous recommandent, et avec raison, d'augmenter notre consommation de fruits et légumes. Les aliments bio sont intéressants dans la mesure où ils nous permettent de manger davantage de fruits et légumes, sans augmenter notre taux d'exposition aux nitrates.

En ce qui concerne les métaux lourds, l'AFSSA reconnaissait l'avantage du bio dans son rapport de 2003 [6] : « les restrictions imposées par le cahier des charges [bio] (période de conversion des parcelles, interdiction d’épandage des boues de station d’épuration, limitation de l’apport de fertilisants minéraux, limitation plus stricte pour les sels de cuivre) concourent à limiter le risque de contamination des denrées végétales et animales par des métaux lourds ». L'agriculture bio se distingue également en matière de production animale. L'élevage industriel utilise diverses substances et médicaments, interdits en agriculture biologique, pour augmenter ou maintenir la production. Ces produits se retrouvent ensuite dans l'organisme humain. Les hormones (interdites dans l'élevage en Europe) sont ainsi suspectées de favoriser le cancer du sein. Les antibiotiques (70% de la production mondiale d'antibiotiques est destiné aux animaux d'élevage) sont incriminés dans les phénomènes de résistances des microorganismes. Et n'oublions pas les fameuses farines animales qui seraient à l'origine de la maladie de la vache folle.

La consommation de produits biologiques permet de réduire l'exposition à toutes ces molécules de synthèses utilisées plus que de raison en agriculture conventionnelle, et ce, largement en deçà des valeurs limites fixées par les autorités sanitaires. Enfin les OGM et l'irradiation des aliments, dont l'innocuité n'est pas certaine, sont aussi interdits en bio. Pour ses partisans, consommer biologique est donc un simple principe de précaution.

Néanmoins, il convient de rappeler que le risque 0 n'existe pas en alimentation. Le bio ne fait pas exception [7]. Les risques peuvent être identiques (mycotoxines dans les céréales, contaminations bactériennes, innocuité non prouvées pour certains pesticides naturels etc.) ou différents (les animaux d'élevages extensifs sont plus exposés aux retombées atmosphériques comme le plomb ou la dioxine ; en absence de pesticides, les plantes produisent elles-mêmes des substances, qui pourraient être toxiques, pour se défendre...).

Une affaire de goût ?

Les consommateurs bio affirment que les produits issus de l'agriculture biologique ont meilleur goût, sont plus nourrissants et sont globalement meilleurs à la santé que ceux de l'industrie. Pourtant, les études disponibles sur le sujet ne plébiscitent pas nécessairement le bio. En matière de goût par exemple, certains aliments bio sont jugés meilleurs, d'autres moins bons. La saveur des aliments semble plus liée à la variété cultivée, au climat ou au sol qu'aux pratiques agriculturales. D'un point de vue nutritionnel, les études montrent que les produits bio et conventionnels sont, en général, équivalents. Les aliments bio contiennent cependant plus de vitamine C, de fer, de phosphore et de magnésium. Mais comme il n'existe pas de carences majeures en ces éléments dans la population, les produits bio ne sont pas considérés comme supérieur de ce point de vue là.

Quantitatif vs qualitatif

Finalement manger bio n'apporterait pas grand chose de plus ? Pas nécessairement. Dans ces études, l'évaluation des aliments se fait souvent uniquement de manière quantitative, sur base de leurs concentrations globales en protéines, lipides, glucides, vitamines et sels minéraux, exprimées en pourcentage de matière sèche. Or la majorité de ces études a aussi mis en évidence que les aliments biologiques contiennent moins d'eau que les conventionnels, autrement dit qu'il y a plus de matière sèche (jusqu'à 35% de plus). A poids égal, un aliment biologique frais contiendra donc globalement plus d'éléments nutritifs.

D'autre part, les analyses qualitatives des aliments sont rares. L'AFFSA reconnaît que, si la teneur en protéines des céréales bio semble être plus faible que celle des céréales conventionnelles, l'équilibre en acides aminés essentiels de ces protéines serait meilleur. De même, l'activité physique accrue et le recours à des fourrages et au pâturage réduisent la quantité de lipides chez les ruminants, les porcs et les volailles (en bio ou non), et augmentent en parallèle les teneurs en acides gras polyinsaturés (comme les oméga 3 et 6) de ces lipides. La comparaison bio/non bio ne devrait donc pas se faire uniquement sur base d'études quantitatives.

Alicaments

Enfin, les végétaux bio, et singulièrement les anciennes variétés, contiennent beaucoup plus de métabolites secondaires, c'est-à-dire des molécules non essentielles pour le développement de la plante, mais qui jouent un rôle notamment dans sa défense contre les agressions extérieures. Les plantes cultivées sans pesticides doivent se défendre seules et produisent donc beaucoup plus de ces métabolites secondaires. Ce sont, en particulier, les antioxydants majeurs que sont les polyphénols ou les flavonoïdes[8,9,10]. Ces molécules sont intensément étudiées en pharmacologie et en médecine. Elles ont en effet des propriétés préventives et curatives non négligeables contre les cancers, les maladies cardiovasculaires, l'arthrose, les maladies dégénératives, les allergies,... bref les maladies dites de civilisation dans lesquelles l'alimentation industrielle et la pollution chimique sont souvent mises en cause. smilie

A suivre ...   (comparaison de l'impact environnemental, 'nourrir le monde', le bio vraiment plus cher ?, etc.)

NB. Je parlerai dans un futur article de la transformations et du raffinage des aliments (des aliments cultivés en bio peuvent subir les mêmes transformations et raffinages que les aliments conventionnels, le débat ne se situe donc plus dans la comparaison avec ces deux modes d'agricultures).

Références

En savoir plus

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