En les obligeant, par la même occasion, à se lancer à corps perdu dans la mondialisation, le libre-échange, le libéralisme et l'exportation massive de produits de base soumis aux aléas boursiers. Situation bien pratique ayant permis, année après année d'enrichir quelques élites, nos pays et les multinationales, d'alimenter le système financier spéculatif et de fournir nos supermarchés en divers produits "pacher pacher", hors saison, obtenus en déboisant et surexploitant les terres et l'eau de ces pays, pendant qu'une grande partie de leur population crève de faim. Oui, crève de faim !

Or ces pays ont déjà remboursé 10 fois la somme initiale empruntée aux pays riches et au secteur privé et une bonne part de ces dettes sont illégitimes (accordées à des dictateurs par exemple). L'état catastrophique de l'environnement mondial est directement lié à cette situation, sans parler de l'instabilité sociale et politique de nombreuses régions. Tant que l'on poursuivra sur cette lancée, on foncera TOUS droit dans le mur.

Mais le monde du 2 poids, 2 mesures continue donc. Rick Rowden, d'ActionAid, l'explique bien : "si les pays riches essaient désormais d'atténuer les conséquences d'une récession qui s'annonce en abaissant leur taux d'intérêt et en accroissant les dépenses publiques, alors pourquoi les pays en développement ne pourraient-ils pas être autorisés à faire de même?". Même son de cloche du côté d'Oxfam : "le rôle du FMI lors d'une crise est d'obtenir des prêts peu coûteux pour les pays en développement, rapidement et avec peu de conditions. Tout ce qui sera en-dessous de cela n'aidera en rien. Et le FMI échoue toujours dans cette tâche simple [...] Alors que le monde développé a dégagé plus de 1 000 milliards de dollars en quelques semaines pour empêcher ses banques de faire faillite, il ne parvient pas à trouver 1 % de cette somme pour aider les pays les plus pauvres à surmonter la crise alimentaire". Crise qui concerne près d'1 milliard de personnes.

Aujourd'hui, c'est la journée mondiale d'action contre la dette illégitime, les Institutions Financières Internationales et le changement climatique. Et personne n'en parlera en dehors éventuellement de quelques blogs et autres médias alternatifs et indépendants.

Le parallèle avec la crise financière et économique est pourtant intéressant : quel sera en effet l'impact de cette dette colossale (et des intérêts liés) que nous contractons tous, contraints et forcés, pris en otages, pour sauver le système financier de son auto-destruction ? Pour rappel une dette illégitime est celle qui a été contractée contre les intérêts de la population d'un Etat, sans son consentement et en toute connaissance de cause par les créanciers . [...] Il faut, en outre, qualifier d'odieuses toutes les dettes contractées en vue du remboursement de dettes considérées comme odieuses.

Pour finir je vous laisse sur cette citation d'Immanuel Wallerstein du 11 octobre dernier

"Mais le fait que cette phase corresponde actuellement à une crise de système nous a fait entrer dans une période de chaos politique durant laquelle les acteurs dominants, à la tête des entreprises et des Etats occidentaux, vont faire tout ce qu'il est techniquement possible pour retrouver l'équilibre, mais il est fort probable qu'ils n'y parviendront pas. Les plus intelligents, eux, ont déjà compris qu'il fallait mettre en place quelque chose d'entièrement nouveau.
Mais de multiples acteurs agissent déjà, de façon désordonnée et inconsciente, pour faire émerger de nouvelles solutions, sans que l'on sache encore quel système sortira de ces tâtonnements. Nous sommes dans une période, assez rare, où la crise et l'impuissance des puissants laissent une place au libre arbitre de chacun : il existe aujourd'hui un laps de temps pendant lequel nous avons chacun la possibilité d'influencer l'avenir par notre action individuelle. Mais comme cet avenir sera la somme du nombre incalculable de ces actions, il est absolument impossible de prévoir quel modèle s'imposera finalement.
Dans dix ans, on y verra peut-être plus clair ; dans trente ou quarante ans, un nouveau système aura émergé. Je crois qu'il est tout aussi possible de voir s'installer un système d'exploitation hélas encore plus violent que le capitalisme, que de voir au contraire se mettre en place un modèle plus égalitaire et redistributif
."

A nous de faire pencher le système dans le bon sens

Actions contre la dette,12-19/10

Journée mondiale d'action contre la dette illégitime, les Institutions Financières Internationales et le changement climatique

Les dettes qui ont été utilisées pour des projets néfastes ou pour imposer des politiques néfastes sont illégitimes. Et les dettes illégitimes ont été un facteur important de l’aggravation de la crise climatique. Les institutions financières internationales comme la Banque mondiale et le FMI, ont une large part de responsabilité dans les dettes illégitimes et les politiques et les projets néfastes liés à des dettes.

Chaque année, des centaines de millions de dollars de prêts sont utilisés pour financer des projets qui sont destructeurs de l’environnement et qui accélèrent le changement climatique. Cela inclut les industries de pétrole, charbon, gaz et autres industries extractives, les projets d’infrastructures qui donnent lieu à une déforestation massive comme les barrages à grande échelle, le développement de routes dans les forêts tropicales, et la production d’agro/biocarburant. Les prêts sont consentis par les gouvernements et sont payés par des fonds publics mais les multinationales sont les principales bénéficiaires de ces projets.

La Banque mondiale et les autres institutions financières internationales sont les principaux prêteurs pour des projets impliquant des industries fossiles. Depuis la signature de la Convention sur le Climat de 1992, et même après l’instauration de “politiques environnementales”, la Banque mondiale a approuvé plus de 133 contrats financiers pour des projets d’extraction de pétrole, gaz, et charbon. Le montant total est supérieur à 28 milliards US$. Les banques régionales de développement et les agences de crédit à l’exportation ont aussi financé ces industries.

La Banque mondiale est aussi un des principaux pionniers dans l’utilisation de prêts pour imposer des conditions aux pays emprunteurs. Depuis plus de 3 décennies maintenant, les institutions financières internationales ont utilisé les prêts pour imposer des politiques qui renforcent la concentration de la richesse aux élites, qui perpétuent le pillage des pays du Sud par les économies du Nord et les multinationales, qui maintiennent le mouvement du Sud vers le Nord et qui promeuvent un paradigme du “développement” caractérisé par la surconsommation, la surproduction, la dépendance au pétrole et la poursuite de la croissance intensive par le charbon.

C’est condamnable qu’avec un tel record, la Banque mondiale essaye d’assumer un rôle prééminent dans le financement mondial contre le changement climatique et dans le « développement propre ». La Banque mondiale a récemment dévoilé ses Fonds Climatiques d’Investissement (FCIs), le concept et le design sont aussi fondamentalement endommagés que la Banque elle-même.

Les mouvements du peuple, les groupes de citoyens, les campagnes environnementales, et les ONGs du monde entier expriment aujourd'hui leurs revendications aux gouvernements et aux institutions financières internationales :

  1. Annulation ou arrêt des paiements de toutes les dettes illégitimes
  2. Arrêt du financement de projets et de politiques qui accélèrent le changement climatique
  3. Combattre le fait que le Fond d’investissement climatique de la Banque mondiale et les autres programmes sur le climat soit sous contrôle de la Banque mondiale et des autres IFIs.
  4. Paiement des restitutions et réparations de la dette historique et écologique détenues par le Sud.

En savoir plus

PS. Je reviendrai bientôt avec des articles plus légers ou pratiques. Mais le monde change et il me semble important de le comprendre et de rester vigilants.

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