Matthieu Weber (que vous pouvez croiser régulièrement dans les commentaires) s'interroge sur les machines de votes électroniques mises en place dans plusieurs pays, dont la France (on se souvient des problèmes liés à l'utilisation de ces machines lors des élections américaines). Un million d'électeurs français utiliseront ces machines en 2007.
Machines de vote électroniques : la fin de la démocratie ?
La démocratie se définit par le pouvoir aux mains du peuple. Même si la démocratie moderne ne ressemble plus guère à celle d'Athènes dans l'antiquité, le principe fondamental reste le même. Le peuple prend donc des décisions en votant, et il est évidemment essentiel que le résultat du vote soit une représentation fidèle des choix exprimés par les votants, c'est à dire qu'il n'y ait pas de fraude durant le comptage des suffrages.
Le mécanisme de vote consistant à placer dans une urne des bulletins en papier qui sont ensuite comptabilisés est extrêmement simple à comprendre et à surveiller. Il suffit en effet de savoir lire et compter pour prendre part au dépouillement, donc n'importe quel citoyen peut surveiller le dépouillement et s'assurer de visu qu'il n'y a pas de fraude.
Le vote à bulletins de papier est cependant long à comptabiliser, et depuis la fin du XIXè siècle certains pays utilisent des machines de vote qui comptabilisent les votes automatiquement. On peut distinguer deux types de machines de vote : celles qui utilisent un bulletin (typiquement une carte perforée) et celles qui comptabilisent directement les votes. Les premières conservent une trace des votes qui ont été effectués, tout comme dans le cas du vote manuel, mais les autres ne laissent aucune trace, donc toute vérification ultérieure est impossible.
Les premières machines de vote étaient mécaniques, mais les machines modernes (depuis le milieu des années 1990) sont informatisée, ce qui semble être une évolution logique, les machines mécaniques n'étant plus fabriquées. Il y a cependant une différence fondamentale entre une machine mécanique et une machine électronique : les machines mécaniques peuvent fonctionner avec leur capot ouvert (c'est une obligation légale dans certains états des États-Unis), ce qui permet à tous d'en observer le fonctionnment, de voir les compteurs tourner et prendre en compte les votes. Certes, comprendre la mécanique est plus complexe que de savoir simplement lire et écrire, mais cela reste un phénomène qui est facilement observable par tout un chacun.
Dans le cas de machines électroniques, la personne qui vote ne peut pas surveiller le fonctionnement interne de la machine. La machine peut afficher sur un écran ce que le votant a choisi, et livrer au responsable du bureau de vote un total tout à fait fantaisiste, sans que le responsable ne se doute de quoi que ce soit. Il est donc impossible pour le votant de faire confiance à une machine de vote électronique, et encore plus impossible pour le citoyen lambda d'en vérifier le bon fonctionnement. Même pour un professionnel de l'informatique, il n'est pas possible de s'assurer à 100% que le programme qui fait fonctionner une machine de vote électronique va faire effectivement ce qu'on attend de lui. Étant donné que les machines électroniques ne gardent pas de trace papier du suffrage, il n'y a aucun moyen de recompter après coup en cas de contestation.
La tendance actuelle, initiée aux États-Unis, à utiliser de plus en plus de machines de vote électronique, s'est étendue à l'Europe, et de nombreuses municipalités françaises se sont déjà équipées ou sont sur le point de le faire.
La grande question est donc la suivante : peut-on encore faire confiance au système de vote si personne ne peut s'assurer dans la pratique que le scrutin ne sera pas trafiqué ? Et par corollaire, on peut se demander si le peuple dispose encore d'un quelconque pouvoir si son choix exprimé par le vote peut être trafiqué sans que personne ne s'en rende compte ?
Pour davantage de renseignements : http://recul-democratique.org/
(c) Europa
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